Compte pénibilité : la polémique s’installe

Michel de Virville, conseiller-maître à la Cour des comptes et ancien DRH de Renault, a présenté hier aux partenaires sociaux sa première mouture du "compte personnel de prévention de la pénibilité", dispositif prévu dans le cadre de la loi sur les retraites, rapporte Le Figaro-économie (page 22). Il permettra aux salariés "qui exercent des métiers physiquement pénibles ayant une incidence sur la santé et l’espérance de vie, de partir à la re­traite jusqu’à deux ans plus tôt ou de se reconvertir", explique le quotidien.

"Tout doit être prêt fin juin", les décrets devant être publiés "au début de l’été", pour une entrée en vigueur le 1er janvier 2015, précisent Les Echos (page 6). "Ce document ne préjuge pas de ce que diront au final les décrets. Ce sont mes propositions qui permettront de recueillir les réactions des partenaires sociaux et d’en tenir compte éventuellement", indique Michel de Virville, dans le quotidien économique.

Les réactions n’ont pas tardé. "Très remonté contre le principe même du compte pénibilité, le patronat reste campé sur une position méfiante, voire rigide", notent Les Echos. "Au moment où les entreprises attendent de la simplification, la loi leur impose une énorme usine à gaz", déplore-t-on au Medef, cité dans Le Figaro-économie.

"Comment ces organisations patronales peuvent-elles oser combattre un dispositif qui traite la question de l’injustice causée par la pénibilité au travail ?", s’insurge le secrétaire général de la CFDT sur son blog. "Un moratoire pour la pénibilité ? Pas question !", lance Laurent Berger. Il n’en reste pas moins que sa mise en œuvre s’avère particulièrement complexe, notamment pour savoir comment et quand un salarié pourra bénéficier d’un compte pénibilité, souligne le supplément économique du Figaro. En 2008, la définition des contours d’un travail pénible dépend de dix facteurs reconnus : travail de nuit, charges lourdes, postures pénibles, travail répétitif, horaires variables, expositions au bruit ou aux températures extrêmes, etc.

"Les organisations patronales doivent cesser leurs manœuvres dilatoires. La loi doit être appliquée", exige, pour sa part, Philippe Pihet (FO), dans Les Echos. S’ils approuvent tous la création d’un compte pénibilité, les syndicats de salariés redoutent des conditions d’attribution trop restrictives. "Notre but est de faire entrer un maximum de salariés dans le dispositif", explique Eric Aubin (CGT).

 

Généralisation de la complémentaire : les stratégies des acteurs

Alors que la généralisation de la complémentaire santé pour tous les salariés devra être achevée au 1er janvier 2016, "tous les opérateurs ont déjà pris un certain nombre de dispositions destinées à préciser leurs offres commerciales à venir et à préparer leurs futures campagnes de prospection", souligne Le Nouvel économiste (pages 17 et 18) daté du 28 mars. Ainsi, explique cet hebdomadaire, les assureurs "ont pris il y a quelques semaines l’engagement d’offrir aux entreprises la possibilité de souscrire un contrat collectif d’assurance santé, sans aucune sélection préalable reposant sur l’état de santé de leurs salariés". Les mutuelles peaufinent également leur stratégie. Ainsi, Mutex travaille "à la mise au point d’une gamme de produits offrant des niveaux de garanties adaptés au profil des petites comme des grandes entreprises, tout en multipliant les actions visant à favoriser la prévention des risques professionnels", explique Thierry Fourrage, conseiller mutualiste collectif.

John Sutton et Jean-Michel Molins

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