Complémentaire santé en entreprise, Solvabilité 2 : les nouveaux enjeux de la réassurance

Didier Legrand, directeur général de MutRé

Pour Didier Legrand, directeur général de MutRé, organisme leader sur le marché de la réassurance santé, la mise en place de Solvabilité 2 et de la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés a accentué les besoins des mutuelles en termes de réassurance.

Prévue pour le 1er janvier 2016, la mise en place de la directive européenne Solvabilité 2 constitue-t-elle une opportunité pour les réassureurs ?

Didier Legrand – Oui, absolument. D'abord parce que les mutuelles font appel à nous pour réduire leurs besoins en fonds propres et piloter de façon optimale leur ratio de solvabilité dans le cadre de ce nouveau régime.

D'autre part, les nouvelles règles prudentielles complexifient le métier d'assureur mutualiste et génèrent des besoins en services, donc un recours accru à la réassurance. Nous aidons les mutuelles à bâtir leur bilan prudentiel, faire des projections d'activité ou produire des états financiers.

En outre, la modélisation et la projection des risques, sur lesquels nous avons développé des modèles éprouvés, font désormais partie de façon intégrante du pilotage des mutuelles sous Solvabilité 2.

Dans les années à venir, une fois que le régime sera en vigueur et installé dans la durée, on découvrira probablement d'autres besoins. Notamment parce que Solvabilité 2 génère une instabilité importante des ratios prudentiels. La réassurance est un moyen de lisser ces irrégularités.

Au 1er janvier, se met également en place la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés. Quel est l'enjeu de cette extension de la couverture maladie pour un réassureur ?

Didier Legrand – C'est un tournant important. Sauf exceptions, les mutuelles ne sont vraiment entrées dans le collectif que depuis une petite décennie. Avec l'accord national interprofessionnel (Ani), qui généralise la complémentaire santé à tous les salariés, le transfert de l'activité individuelle vers le collectif s'est accéléré.

Nous observons une accentuation des demandes de tarification en régime collectif et de gestion d'appels d'offres de branche. Dans le même temps, les mutuelles nous sollicitent de plus en plus pour bâtir des produits destinés aux populations exclues par l'Ani, telles que les travailleurs non-salariés, les seniors ou les fonctionnaires territoriaux.

Mais la conséquence de l'Ani, c'est surtout la diversification de l'activité en prévoyance et en dépendance, car les mutuelles ne pourront pas continuer à se développer en ne faisant que de la complémentaire santé. La production de nouveaux produits monte en régime progressivement chez les mutuelles et par ricochet chez nous En tant que réassureurs, notre objectif, c'est de les accompagner sur le plan à la fois technique et financier.

L'ensemble de ces évolutions a pour conséquence d'accélérer les regroupements de mutuelles. Ce mouvement nuit-il à votre activité ?

Didier Legrand – Pas du tout, car les conséquences, bonnes ou mauvaises pour nous, se neutralisent. Dans certains cas, le regroupement de deux mutuelles va diminuer les besoins en réassurance, notamment en complémentaire santé. Quand une mutuelle de taille moyenne rejoint une mutuelle plus importante, elles acquièrent une telle capacité financière qu'elles ont moins besoin de réassurance.

En revanche, dans beaucoup d'autres cas, on s'aperçoit que les regroupements augmentent les besoins de réassurance. D'abord parce que l'entité de tête, celle qui absorbe les autres, n'est pas forcément en capacité de répondre à toutes les nouvelles problématiques du groupe et de développer de nouvelles offres spécifiques en dépendance ou en prévoyance.

Par ailleurs, au sein des groupes, chaque mutuelle s'efforce souvent de conserver ses spécificités auprès de ses adhérents, en développant des produits spécifiques. Elles vont donc se tourner vers un tiers, comme un réassureur, pour trouver des financements.

Enfin, le fait de se regrouper dans une entité plus importante accélère là aussi le mouvement de diversification vers la prévoyance et la dépendance. Or, sur ces métiers, le besoin de réassurance est important.

Pour les années à venir, notre défi sera donc de continuer à enrichir notre gamme de services de façon à fidéliser nos mutuelles, au-delà de la réassurance traditionnelle.

L'activité du réassureur

Partager le risque lorsque l'aléa est trop important, aider les mutuelles ou les organismes d'assurance à bâtir leurs contrats, tel est le rôle du réassureur. Il intervient par exemple lorsqu'un contrat introduit un risque inconnu ou mal maîtrisé, lié à l'exploration d'un nouveau marché ou à l'intégration de nouvelles garanties.

Dans le cadre des nouvelles règles prudentielles Solvabilité 2, il peut également épauler les organismes d'assurance dans l'optimisation de leur performance financière et la diminution de leurs besoins en marge de solvabilité.

Créé en 1998 à l'initiative de la Mutualité Française, MutRé propose ainsi un ensemble de services en santé, prévoyance et dépendance destinés à conforter le développement des mutuelles et des assureurs de l'économie sociale : assistance à la construction et tarification de nouveaux produits, sélection des risques aggravés, ou encore expertise sur Solvabilité 2.

Enfin, la réassurance peut être un outil de financement pour le développement des mutuelles. Les coûts de développement (acquisition, marketing) sont parfois difficiles à supporter par les mutuelles. Certains montages de réassurance prévoient la prise en charge de tout ou partie de ces coûts par le réassureur. En contrepartie, le réassureur est intéressé aux bénéfices dégagés. Il endosse alors un rôle intermédiaire entre celui d'assureur et celui de banquier.

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)