Côlon irritable : pas grave mais douloureux

Le syndrome du côlon irritable affecte des millions de Français. Une fois que le diagnostic de maladie grave est écarté, certains patients ont l’impression que leur douleur n’est pas prise au sérieux. Pourtant, si les causes de ce trouble restent inconnues, des moyens existent pour atténuer ses effets.

On s’aperçoit que l’on a un ventre lorsqu’il nous fait mal : cette réflexion empreinte de sagesse populaire prend tout son sens pour les victimes du syndrome du côlon irritable. S’il n’existe pas de statistiques françaises fiables sur ce sujet, des enquêtes réalisées outre-Atlantique révèlent qu’une personne sur cinq est concernée.

"Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un trouble fonctionnel qui affecte différentes portions du tube digestif, précise le Dr Alain Ezraty, gastro-entérologue à Marseille. Ce syndrome modifie la vitesse de passage des aliments dans l’intestin : les phases de contraction et de relâchement des muscles sont soit trop rapides, provoquant une diarrhée, soit trop lentes, entraînant alors une constipation."

Ballonnements, flatulences, douleurs et crampes sont les autres principaux symptômes associés dont se plaignent les patients. Ces anomalies de fonctionnement se manifestent de façons très diverses. Les troubles sont bénins chez certaines personnes, beaucoup plus aigus et fréquents chez d’autres. Ils peuvent apparaître pendant une semaine, un mois, puis disparaître ou au contraire devenir une gêne quotidienne et persistante.

Facteurs psychologiques

"Le problème, c’est que les causes exactes de ces dysfonctionnements sont encore inconnues, explique le Dr Ezraty. On ne sait pas pourquoi ils apparaissent, pourquoi ils perdurent ni pourquoi ils disparaissent. Seule l’expérience nous enseigne que la survenue des douleurs est souvent liée à des troubles hormonaux. C’est sans doute pour cela que les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes. Les facteurs psychologiques paraissent aussi déterminants : la plupart de nos patients sont stressés, anxieux, marqués par des situations traumatisantes."

Prendre en charge les victimes du syndrome passe d’abord par une écoute attentive. "Il s’agit de déterminer, dans le vécu de la personne, dans ses habitudes de vie, les facteurs qui ont pu provoquer ou aggraver ce trouble, résume Alain Ezraty. Si le stress semble en cause, il faudra chercher à le réduire, en préconisant par exemple une activité sportive, de la relaxation ou un traitement adapté."

Le gastro-entérologue s’attache ensuite à agir sur les facteurs "mécaniques" qui accentuent les douleurs. "On va prescrire certains antispasmodiques pour diminuer l’intensité des contractions. Et l’on va se pencher sur l’alimentation", poursuit-il.

Ce qu’on boit et ce qu’on mange joue, en effet, un rôle essentiel dans la régulation des troubles. Certains aliments ou boissons sont déconseillés : la caféine, par exemple, stimule les mouvements de l’intestin. Les édulcorants artificiels peuvent provoquer des diarrhées. Les aliments gras favorisent les crampes, tandis que les aliments riches en sucres rapides aggravent la constipation.

Prendre le temps de mastiquer

"Le régime alimentaire doit être établi en fonction du but recherché : ralentir ou accélérer le transit, souligne le Dr Ezraty. On ne va pas conseiller du brocoli à des personnes qui souffrent de flatulences ! Globalement, il faut prendre le temps de mastiquer, éviter les repas trop copieux et manger à heures fixes."

Si on ne sait pas guérir le syndrome du côlon irritable, il est important de consulter le médecin traitant, qui peut orienter son patient vers un spécialiste. Celui-ci s’assurera que ces symptômes ne cachent pas une maladie plus grave. Il s’agit également d’apprendre comment limiter les douleurs.

"Ce syndrome ne cause pas d’inflammation, n’altère pas la structure de la muqueuse intestinale et n’augmente pas le risque de cancer colorectal, conclut Alain Ezraty. Il n’est pas dangereux en tant que tel. Mais si les troubles s’aggravent, s’ils surviennent après 50 ans, si des saignements apparaissent, il est possible qu’on soit en présence d’une colite ulcéreuse ou d’une maladie de Crohn. Il ne faut donc jamais prendre ces douleurs à la légère."

Cédric Portal

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