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Colloque du 21 mars : regards croisés sur l’automédication

Faut-il freiner ou encourager l'automédication ? Pour ouvrir le débat, la Mutualité Française a organisé le 21 mars un colloque intitulé "Automédication : recul ou progrès ?". Pour les intervenants, l'automédication doit passer par l'éducation des patients, le contrôle de la qualité et l'encadrement des prix.

Mal de tête, petit bobo ou rhume… L'automédication est aujourd'hui rentrée dans les mœurs. Près des deux tiers des Français (62%) y ont souvent recours, selon un sondage exclusif CSA/Cecop réalisé à la demande de la Mutualité Française. La moitié d'entre eux considère qu'il s'agit d'une "façon de faire normale" et 20% pensent même que l'automédication relève d'un "comportement citoyen".

Faut-il pour autant l'encourager ? Pour ouvrir le débat sur cette pratique, la Mutualité Française a organisé, le 21 mars, à la Maison de la mutualité à Paris, un colloque intitulé "Automédication : recul ou progrès ?". Ce colloque a réuni des professionnels de santé, des industriels du médicament et des usagers.

Gare à la surconsommation de médicaments

"L'automédication n'a de sens que pour soigner les affections bénignes ou répétitives, facilement maîtrisables sans l'aide d'un médecin traitant, a prévenu en ouverture le président de la Mutualité Française Jean-Pierre Davant. Il ne faut pas caricaturer l'automédication : il ne s'agit pas d'installer des bornes de distribution de médicaments !"

La France est aujourd'hui le pays où l'on consomme le plus de médicaments prescrits, ce qui pose déjà de nombreux problèmes d'interactions et d'accidents médicamenteux, notamment chez les personnes âgées. Chaque année, 130.000 hospitalisations sont liées aux effets indésirables des médicaments. "L'automédication ne doit pas aggraver ce phénomène !", insiste Jean-Pierre Davant.

Pour des notices plus claires

Pour Alain Coulomb, coauteur avec le Pr Alain Baumelou d'un rapport sur l'automédication remis en janvier au ministère de la Santé, "c'est l'occasion de responsabiliser les usagers dans leur utilisation des médicaments".

Mais pour tous les participants au débat, la priorité est d'éduquer les patients avant de promouvoir l'automédication. Cette éducation passe par une meilleure information des patients sur les médicaments. Selon Jean Parrot, président de l'Ordre national des pharmaciens, il faut commencer par fournir aux patients des "notices plus claires et plus simples".

Les intervenants ont également souligné le rôle majeur du pharmacien dans le conseil et l'orientation des usagers. A condition toutefois que les officines jouent le jeu de la transparence, en affichant clairement le prix des médicaments en accès libre, afin que les patients puissent les comparer. "Il n'est pas normal que les usagers apprennent le prix d'un médicament au moment de le payer", regrette en effet Claude Le Pen, économiste de la santé.

Qualité et contrôle des prix

Les produits d'automédication sont des médicaments comme les autres. A ce titre, "ils doivent continuer à suivre la même procédure d'autorisation de mise sur le marché (AMM), estime Alain Coulomb. Ce critère permet de garantir la sécurité et la qualité des médicaments".

"Outre une plus grande visibilité dans les pharmacies, avance Gilles Bonnefond, secrétaire général de l'Union des syndicats des pharmaciens d'officine (Uspo), il faut une politique de prix cohérente." "N'oublions pas que les classes défavorisées sont hostiles à l'automédication, non pas sur le principe, mais à cause des efforts financiers qu'elle leur demande", a ajouté Jean-Pierre Davant.

Au final, le rôle de l'automédication n'est qu'un aspect de la modernisation dont notre système de santé a besoin. "Nous devons la replacer dans un cadre plus général aux cotés des dépistages, de la prévention ou de la lutte contre les addictions, conclu Jean-Pierre Davant. Si l'automédication se développe, il faut que ce soit un progrès."