Champix® : le mirage du médicament miracle contre le tabac

Commercialisé en France depuis février 2007, le Champix® du laboratoire Pfizer a été présenté comme un produit révolutionnaire pour arrêter de fumer. On le soupçonne aujourd’hui d’être à l’origine de cas de dépression, de pensées morbides, voire de suicides. D’autres méthodes existent, tout aussi efficaces et sans danger.

Le Champix® faisait rêver. Aujourd’hui, il inquiète. Ce médicament fabriqué par le laboratoire Pfizer a obtenu une autorisation de mise sur le marché européen en septembre 2006 et a été commercialisé en France en février 2007. Il est alors présenté par les médias comme le produit miracle pour arrêter de fumer.

Sa molécule active, la varénicline, serait révolutionnaire aux dires de ses concepteurs. Elle se fixe sur les mêmes récepteurs que la nicotine dans le cerveau et inhibe la sensation de plaisir liée au tabac. Les chiffres avancés par Pfizer semblent édifiants : grâce à Champix®, les chances d’abandonner la cigarette seraient multipliées par deux ! En outre, ce produit réduirait les risques de rechute.

Un médicament sous haute surveillance

Les premiers sons de cloche discordants sont arrivés des Etats-Unis. L’administration américaine du médicament, la Food and Drug Administration (FDA), a mis la varénicline "en observation" à la suite de "cas répétés de suicides, actes violents et autres effets secondaires désastreux."

En une semaine, la FDA a reçu pas moins de 5.157 rapports faisant état d’incidents apparemment liés au traitement. Ont notamment été recensés "55 cas de suicides, 199 cas de pensées morbides, 417 cas de dépression" et plusieurs centaines de manifestations d’agressivité, d’amnésie ou encore d’hallucinations...

A son tour, le 14 décembre 2007, l’Agence européenne du médicament (Emea) a jugé souhaitable d’"alerter les professionnels de santé et les patients sur le risque d’idées suicidaires ou de tentatives de suicide survenant lors des traitements".

L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a relevé, de son côté, "quinze cas de troubles de l’humeur - anxiété, agressivité, dépression -, d’idées suicidaires, voire exceptionnellement de tentatives de suicide en juillet, octobre et novembre 2007".

Le lien de cause à effet reste à prouver

Les agences américaine et européenne ont pris la précaution de préciser que "la relation de causalité n’est pas établie entre la prise du médicament et ces symptômes, qui peuvent apparaître lors de tout sevrage tabagique". Des études sont en cours : elles devraient durer plusieurs mois.

Le laboratoire rappelle, de son côté, que le nombre d’incidents est faible au regard de la quantité d’utilisateurs de la varénicline : environ 200.000 en France et plusieurs millions dans le monde. Certains médecins relèvent également que l’anxiété, les idées suicidaires et l’irritabilité sont souvent associées au fait d’arrêter de fumer - avec ou sans varénicline.

Une efficacité relative

Pour le Dr Jean-Noël Dubois, tabacologue à Angers, cette affaire est cependant révélatrice d’une dérive qu’il constate au quotidien. "Les gens attendent le produit miracle qui va leur permettre d’arrêter de fumer, note-t-il. Hélas, ça ne fonctionne pas ainsi. D’une part, l’efficacité des médicaments sur le long terme, c’est-à-dire plus d’un an, reste très faible : à peine plus élevée que celle des placebos. D’autre part, il ne suffit pas de traiter la dépendance physique. Les fumeurs qui parviennent à arrêter sont toujours ceux qui ont trouvé en eux de solides motivations pour le faire."

L’efficacité du Champix® est en effet à relativiser sur le long terme, selon l’avis de la commission de transparence de la Haute Autorité de santé (HAS). Ainsi, à trois mois, moins d’un patient sur deux sous varénicline a arrêté de fumer. A dix mois, ce n’est plus qu’un patient sur cinq.

Les "aides", évidemment, ne sont pas inutiles. "Bien au contraire, souligne Jean-Noël Dubois. Mais à tout prendre, je préfère préconiser des méthodes qui ont fait la preuve de leur innocuité, comme le soutien psychologique ou les substituts nicotiniques : patch, gommes, etc. Elles sont aussi efficaces et mieux maîtrisées."

Cédric Portal

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