Cécité : vers la fin du monopole du Lucentis® ?

Le ministère de la Santé a indiqué samedi avoir transmis au Conseil d'Etat un projet de décret qui, à terme, pourrait permettre aux ophtalmologistes d'utiliser l'Avastin® dans le cadre de recommandations temporaires d'utilisation (RTU), afin de lutter contre la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), qui touche 1 million de Français. L'utilisation de cet anticancéreux "permettrait d'abaisser le coût du traitement à 30 euros l'injection", expliquent Les Echos (page 18), ce qui "porterait un coup dur à Novartis en venant concurrencer son Lucentis®, facturé 900 euros l'injection".

Malgré son prix très élevé, rappelle La Croix (page 11), le Lucentis® est actuellement le produit le plus utilisé dans le traitement de la DMLA et le premier poste de dépenses de la Sécurité sociale en ce qui concerne les médicaments : en 2013, il lui a coûté 438 millions d'euros.

L'utilisation de l'Avastin®, dont les propriétés sont similaires au Lucentis®, aurait pu générer des économies, "mais la Direction générale de la Santé (DGS) a interdit cette pratique en juillet 2012", rapporte Le Parisien/Aujourd'hui de samedi, afin de "préserver les impératifs de sécurité sanitaire".

Il faut dire que l'Avastin®, produit par les laboratoires Roche, a été présenté comme un produit "plus dangereux" que son concurrent auprès des autorités de santé et des médecins. Et singulièrement, poursuit le quotidien, "malgré les discussions menées entre le ministère de la Santé et le groupe Roche pour inciter ce dernier à faire une demande d'extension de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour la DMLA, les choses n'ont pas évolué depuis l'été 2012".

A la fin de l'année 2012, le ministère de la Santé s'est donc tourné vers celui de l'Economie, "dans l'objectif que l'Autorité de la concurrence enquête sur une éventuelle entente entre Roche et Novartis" qui bloquerait cette AMM. Cette en­tente a également été dénoncée en Italie pas plus tard que la semaine dernière.

Toujours selon Le Parisien/Aujourd'hui de samedi, les deux laboratoires pharmaceutiques ont en effet été condamnés mercredi, à une amende de 182,5 millions d'euros pour avoir dénigré le ser­vice rendu de l'Avastin®.

Les deux groupes suisses se seraient entendus pour promouvoir le Lucentis® au détriment de l'Avastin®, en se basant sur des différences artificielles entre les deux produits, alors que des études internationales démontrent l'absence de différences. Selon l'autorité italienne de la concurrence, cet accord a entraîné " une plus grande difficulté à traiter de nombreux patients et a coûté aux services publics de santé environ 45 millions d'euros en 2012".

 

"Sécu" : les pistes de Gérard Bapt pour améliorer l'efficience

Selon les prévisions du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (Hcaam), les dépenses de santé devraient s'accélérer de 3 % par an jusqu'en 2024. Autant dire que notre système de protection sociale est en danger, observe le député (PS) de Haute-Garonne, Gérard Bapt, dans une tribune publiée par Les Echos (page 11). Voilà pourquoi il est "nécessaire d'agir à la fois sur la cul­ture et les structures sanitaires".

Pour satisfaire à "l'ardente obligation de l'efficience", le rapporteur du projet de loi de financement de la Sécurité so­ciale (PLFSS) propose cinq pistes pour soulager le déficit de l'assurance maladie, identifié comme "le plus préoccupant pour la Sécurité sociale".

La première concerne l'hôpital. "Il est temps de planifier la réduction des capacités d'hospitalisation en maintenant un maillage des établissements répondant aux besoins des territoires pour l'ur­gence et l'accès aux soins", écrit le député, faisant valoir que le développement de la chirurgie ambulatoire diminue le nombre de journées d'hospitalisations nécessaires.

Deuxième axe : limiter l'autonomie des établissements en matière de systèmes d'information hospitaliers (SIH). Pour Gérard Bapt, il est temps que ces derniers entrent dans le champ de la recherche de l'efficience au bénéfice de la qualité des soins. Ce qui implique la mise en place "d'équipements homologués et interopérables".

Troisième chantier : la mise en oeuvre d'un véritable dossier médical numérisé, qui permette d'améliorer l'organisation du parcours de soins défini par le médecin traitant.

La politique du médicament doit également permettre de faire des économies, notamment grâce à une meilleure pénétration des génériques, et à des baisses de prix des produits à service médical rendu (SMR) faible. Enfin, il convient de renforcer la prévention, en promouvant l'éducation sanitaire et nutritionnelle, "ainsi que l'éducation thérapeutique pour une meilleure observance".

Frédéric Lavignette

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