Cancers de la peau : une journée pour savoir

En France, le mélanome tue 2.000 personnes par an. Pourtant, ce cancer de la peau se soigne efficacement quand il est repéré assez tôt. Pour encourager les patients à se faire dépister, les dermatologues ont organisé des consultations gratuites le 15 mai dernier, à l'occasion de la 10e édition de la Journée nationale de prévention et de dépistage des cancers de la peau.

"Je ne suis pas douillet, vous savez... Pas du genre à me précipiter chez le toubib au moindre bobo ! Mais sur ce coup-là, ma femme a été maligne. Elle m’a demandé de l’accompagner au centre de dépistage et, une fois sur place, elle m’a obligé à montrer au dermato le bouton sur ma nuque, raconte Jean-Marc, le sourire un peu forcé. Et elle a sacrément bien fait. Le docteur m’a conseillé de me le faire enlever. Si j’avais attendu une année de plus, j’allais au-devant de sérieux pépins !"

Jean-Marc, 52 ans, fait partie des 200.000 personnes qui, depuis dix ans, ont profité de la Journée nationale de prévention et de dépistage des cancers de la peau du 15 mai. Cette manifestation, organisée par le Syndicat national des dermato-vénéréologues (SNDV), a déjà permis de prendre en charge 1.500 patients présentant des lésions potentiellement cancéreuses. Les fiches de diagnostics anonymes remplies par les dermatologues sont collectées à l’issue de la journée et font l’objet d’études par l’Institut national du cancer (Inca), contribuant ainsi à une meilleure appréhension de ces pathologies.

"Nous avons créé cette opération de consultations gratuites, animée par des spécialistes bénévoles, pour enrayer la croissance du nombre de cancers de la peau, qui est de l’ordre de 5 à 7% par an, explique Claudine Blanchet-Bardon, dermato-vénéréologue, première vice-présidente du SNDV. En France, le mélanome tue chaque année 2.000 personnes ! Inacceptable, lorsqu’on sait que ce type de cancer - visible à l’oeil nu - peut être soigné sans difficulté s’il est repéré à temps."

Pas de rendez-vous à prendre

Quelque 1.200 professionnels se sont mobilisés le 15 mai sur l’ensemble du pays. "Les consultations ne se font pas en cabinet mais dans des centres d’accueil, précise la Dre Blanchet-Bardon. Il n’y a aucun rendez-vous à prendre... et naturellement rien à payer. Il faut simplement se présenter sur place." Pour connaître l’adresse du centre le plus proche de votre domicile, un coup de fil suffit au 0.800.777.707 (appel gratuit depuis un poste fixe). La liste des points d’accueil est également disponible sur Internet : www.syndicatdermatos.org.

"Le but est d’attirer des personnes qui, spontanément, ne se présenteraient pas au cabinet d’un dermatologue, souligne Claudine Blanchet-Bardon. Il s’agit d’une séance de dépistage : on ne soigne pas les patients, on se contente de les examiner et de les orienter vers un spécialiste si quelque chose paraît suspect."

Quelque chose... mais quoi précisément ? "Il existe deux types de cancers de la peau, décrypte la spécialiste. Le carcinome, ou épithélioma, est le plus fréquent. En France, il touche environ 60.000 personnes par an et est directement lié à des expositions répétées au soleil. Le mélanome, avec 6.000 nouveaux cas chaque année, est le plus dangereux, car il peut se généraliser. Il est la première cause de mortalité des femmes de 25 à 29 ans."

Concrètement : un grain de beauté qui change d’aspect, quelle que soit sa façon de se modifier, une tache noire, quelle que soit sa taille, l’apparition d’un petit bourgeon rosé sont des signaux d’alerte à prendre au sérieux. "Les deux tiers des mélanomes apparaissent sur des peaux saines, sans grain de beauté préexistant", insiste Claudine Blanchet-Bardon. Seul un diagnostic précoce permet un traitement efficace par ablation chirurgicale. "Si l’on intervient trop tard, poursuit-elle, bien qu’enlevé, le mélanome peut évoluer vers une récidive locale ou vers une affection généralisée. "

La Journée nationale de prévention a été aussi l’occasion de rappeler quelques règles élémentaires. "Les gens savent que le soleil est dangereux, mais ils ne se protègent pas pour autant, déplore la vice-présidente du SNDV. Ils mettent de la crème protectrice sur la plage, mais continuent de tondre leur pelouse torse nu !"

Cédric Portal

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