Cancer : les restes à charge, source d’inégalités

Les personnes souffrant de cancer doivent faire face à de nombreuses dépenses de santé non remboursées. Ces "frais cachés" alimentent les inégalités sociales face à la maladie, comme le montre le 3e rapport de l’Observatoire sociétal des cancers, publié le 17 avril par la Ligue contre le cancer.

Une couverture "trompeuse" : c'est le terme employé par l'Observatoire sociétal des cancers pour qualifier la prise en charge d'un cancer, dans son rapport annuel publié le 17 avril dernier. Cette pathologie est pourtant inscrite sur la liste des affections de longue durée (ALD) : elle ouvre le droit à une prise en charge à 100% par l'assurance maladie mais uniquement pour les soins directement liés à la maladie. Or, cette prise en charge s'effectue sur la base des tarifs conventionnés et n'inclut pas les dépassements d'honoraires, parfois très élevés, en particulier en chirurgie.

Le statut ALD n’exonère pas non plus les malades des forfaits et franchises (ticket modérateur, forfait hospitalier, forfait de 18 euros sur les actes lourds…) dont l’accumulation est perçue comme une "injustice" par les assurés. Enfin, cette prise en charge ne concerne pas les médicaments dits "de confort", une appellation "souvent vécue comme insultante" car elle regroupe certains médicaments "limitant les effets secondaires et permettant une meilleure qualité de vie", mais aussi les prothèses et les différentes médecines complémentaires.

Conclusion : d’après l’enquête Ifop réalisée en 2013 pour la Ligue contre le cancer, qui pilote les travaux de l’Observatoire, 47% personnes interrogées ayant été ou étant soignées pour un cancer déclaraient avoir eu des frais de santé restés à leur charge, dont 8 % d’un niveau important. Pour deux tiers d’entre elles, celui-ci excédait 1.000 euros.

L’importance des complémentaires

Ces restes à charge alimentent naturellement les inégalités sociales face à la maladie. "Dans certains cas, les malades n’arrivent plus à financer le quotidien", alerte le rapport. Et les conséquences sont "d’autant plus grandes si la personne malade est issue d’une classe sociale défavorisée" : "La prise en charge des effets secondaires de la maladie ou des séquelles est alors variable et impacte plus ou moins lourdement la qualité de vie des personnes malades (prise en charge des douleurs, amélioration de l’image de soi, etc.)." Ainsi, certains patients renoncent à des traitements annexes ou au suivi psychologique pour eux et pour leurs proches, et doivent consentir à des sacrifices financiers dans leur vie quotidienne pour pouvoir se soigner.

Face à cette situation, les personnes interrogées réclament notamment une meilleure information sur les sommes dont elles devront s’acquitter. Elles estiment que "le recours aux complémentaires santé reste la solution privilégiée pour [les] réduire" tout en demandant des contrats "plus lisibles et comparables". En revanche, le recours à des contrats d’assurance dédiés aux cancers n’est pas une solution retenue par les malades.

L'Observatoire sociétal des cancers

Créé en 2012 dans le cadre du Plan cancer II, l’Observatoire sociétal des cancers examine les réalités du quotidien pour les personnes souffrant ou ayant souffert de cette pathologie. Impacts négatifs sur la vie professionnelle, inégalités d’accès aux soins, isolement social… autant de discriminations souvent vécues comme une "double peine" par les malades. Après s’être penché sur les difficultés financières des malades en 2012 et sur le vécu de la maladie par l’entourage en 2013, l’Observatoire consacre son 3e rapport annuel, publié le 17 avril, à la question du retour à l’emploi, ainsi qu’aux restes à charge de ces patients.

Cliquer ici pour retrouver le 3e rapport de l'Observatoire sociétal des cancers sur le site de la Ligue contre le cancer

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)