Cancer du col de l’utérus : seul le dépistage par le frottis est indispensable

L’arrivée sur le marché du vaccin Gardasil® ne dispense pas les femmes d’un dépistage par frottis du cancer du col de l'utérus. C'est le moment de rappeler l'importance de ce simple prélèvement gynécologique alors que se déroule, depuis l'été, une campagne publicitaire insidieuse. Elle joue sur la peur et la culpabilité des femmes pour les convaincre de se faire vacciner massivement.

Le frottis est la meilleure arme des femmes contre le cancer du col de l'utérus ! Ce simple prélèvement réalisé lors de l'examen gynécologique est indolore. Il permet de dépister précocement d'éventuelles cellules anormales puis de les traiter selon des protocoles bien établis ! Un rappel qui mérite d'être fait depuis la mise sur le marché français fin 2006 du Gardasil®, le premier vaccin contre le cancer du col de l'utérus commercialisé par Sanofi Pasteur MSD.

"Si les femmes vaccinées se faisaient moins dépister, une augmentation de l'incidence et de la mortalité de ces cancers serait probable", s’inquiète la Haute Autorité de santé (HAS). "Le dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col utérin par frottis reste donc nécessaire chez toutes les femmes, vaccinées ou non", met en garde la HAS dans la notice du bon usage du Gardasil®.

Depuis cet été, la télévision et les salles de cinéma diffusent un spot qui imite les campagnes officielles de santé publique. Cette publicité invite les femmes à consulter un médecin pour parler de la prévention du cancer du col de l'utérus. Ce message est signé des principales associations professionnelles de gynécologie mais réalisé avec le soutien... de Sanofi Pasteur MSD ! Il s’appuie sur les médecins pour convaincre leurs patientes des bienfaits de la vaccination.

Pas de panique !

Le spot télévisé joue sur la peur des femmes de développer un hypothétique cancer suite à une infection par le papillomavirus (HPV). Il met en scène des femmes, de l'adolescence à la ménopause, des mères et des filles. Cette campagne mise sur la culpabilité, en encourageant les mères à protéger leurs filles contre le papillomavirus.

Dans les faits, il n’existe pas un seul papillomavirus mais près d'une centaine de sous-types. Seuls certains d'entre eux, dits à haut risque, sont associés au cancer du col de l'utérus. C'est notamment le cas des sous-types 16, 18, 31, 33, 35, 39 et 45. Dans près de 90% des cas, l'infection par un papillomavirus est naturellement neutralisée par le système immunitaire. La guérison intervient spontanément, sans traitement et sans séquelle.

Le Gardasil® permet seulement de prévenir les infections liées aux sous-types 6, 11, 16 et 18. Les sous-types 6 et 11 donnent, pour leur part, des verrues génitales, communément appelées condylomes. Un traitement médical ou chirurgical suffit à les soigner définitivement.

Le vaccin n'est pas une arme fatale

Quant aux sous-types 16 et 18, ils seraient liés à 70% des cancers du col de l'utérus. "Leur prévention est attendue, mais non démontrée", précise la notice du bon usage du Gardasil® de la HAS. En clair, les données scientifiques actuelles ne permettent pas d'affirmer que le vaccin prévient efficacement les infections liées aux HPV 16 et 18. De plus, "il ne peut prévenir les 30% de cancers du col liés à d'autres types d'HPV".

Ce "nouveau vaccin ne résout pas tout", souligne la HAS. Il n'est recommandé qu'aux jeunes filles de 14 ans et en rattrapage chez les jeunes filles et les jeunes femmes de 15 à 23 ans n'ayant pas eu de rapports sexuels ou, au plus tard, dans l'année suivant leur premier rapport. Rien ne prouve que son efficacité soit durable. Pour le moment, "le maintien de l'efficacité vaccinale au-delà de cinq ans n'est pas établi", avertit la HAS. Actuellement, on ne sait donc pas s'il faudra faire des rappels.

Manque de recul

La revue médicale indépendante "Prescrire" a publié dans son numéro de février 2007 les extraits des conclusions de différentes équipes internationales qui ont évalué le vaccin. Ces données scientifiques soulèvent des doutes. Pour l'"Institut for rationel farmakoterapi" du Danemark, "il n'y a pas encore de données sur l'efficacité et les effets indésirables à long terme du Gardasil®".

Cette critique est partagée par des équipes médicales suédoises, américaines, australiennes, allemandes et espagnoles. Le 24 janvier, l'Agence européenne du médicament a rapporté le décès de deux jeunes femmes qui avaient reçu une dose de Gardasil®. Elles sont mortes de façon "soudaine et inattendue", précise l'Agence. "Le lien entre l'administration du vaccin et ces décès n'est pas établi. A ce jour, la cause de ces décès, survenus en Allemagne et en Autriche, n'est pas identifiée."

En France, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a mis en place un plan national de gestion des risques pour détecter et étudier tout signalement d'effet indésirable de ce nouveau vaccin. En attendant de disposer des données nécessaires dans des conditions réelles d'utilisation, la prudence s'impose !

Ghislaine Trabacchi

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