Bronchiolite : baisse brutale du remboursement du Synagis®

Le Synagis® est beaucoup moins efficace que prévu dans la prévention de la bronchiolite. Mais au lieu de réduire son prix – entre 545 euros et 905 euros la dose ! – le gouvernement a juste baissé son taux de remboursement par la Sécu. Résultat : les familles et leur mutuelle paieront !

Jusqu'à 3.000 euros : c'est la somme exorbitante qui va rester à la charge de certains parents dont l'enfant est soigné à titre préventif contre la bronchiolite ! Le gouvernement a décidé au 1er septembre de diminuer de 100% à 35% le remboursement par la Sécu du Synagis®, un médicament pédiatrique particulièrement coûteux.

Le traitement, qui s'administre exclusivement par voie intramusculaire, nécessite un total de cinq piqûres. L'injection, dont la dose varie en fonction du poids, coûte entre 545 euros (50 mg) et 905 euros (100 mg). Le coût total du traitement est donc de 2725 euros pour un nourrisson de faible poids et atteint 4525 euros pour un enfant plus grand. Sur ce montant, la Sécu ne rembourse plus que 1583 euros, laissant le reste à la charge des familles ou de leur mutuelle.

Motif invoqué par le ministère de la Santé pour justifier sa décision : ce médicament peut être pris en charge par les mutuelles ou, pour les ménages modestes, par la couverture maladie universelle complémentaire (CMUC). Mais les pouvoirs publics oublient que plus d'un million de personnes ne disposent pas de couverture santé dans notre pays. En outre, les ménages paient pour bénéficier d'une complémentaire santé : quand les dépenses des mutuelles augmentent, cela finit par se répercuter sur les cotisations !

Un service médical "modéré"
Commercialisé par le laboratoire Abbott, le Synagis® sert à prévenir la bronchiolite, une infection pulmonaire qui touche surtout les nourrissons et les jeunes enfants. Due au virus respiratoire syncytial (VRS), cette maladie sévit sous forme d'épidémie d'octobre à mars. Le Synagis® est un médicament antiviral qui est prescrit aux nourrissons fragiles. C'est le cas des prématurés ainsi que des enfants de moins de 2 ans souffrant de maladies pulmonaires chroniques ou de malformations cardiaques à la naissance.

Pour autant, ce n'est pas un médicament miracle. Dès 2002, les experts scientifiques réunis par le ministère de la Santé ont considéré que ce produit rend un service médical "modéré". Une seconde évaluation, réalisée en 2004, a abouti à des conclusions similaires. La baisse de remboursement par la Sécu se comprend au regard de l'efficacité médiocre de ce traitement et non à la faveur des arguments économiques mis en avant par le ministère. Mais logiquement, elle aurait dû s'accompagner d'une baisse du prix du médicament accordé au fabricant. Il n'en a rien été !

Choix douloureux pour les familles
Faute de traitement préventif plus efficace, les médecins vont continuer de prescrire le Synagis® à près de 6.000 enfants dès le début du mois d'octobre. Les familles modestes vont se trouver devant un choix douloureux : ne pas acheter le traitement pourtant prescrit à leur enfant ou en supporter les frais. Interrogé sur ce point, le ministère se contente d'indiquer "qu'il a demandé aux caisses d'être extrêmement vigilantes pour que des enfants défavorisés n'ayant ni complémentaire, ni CMU complémentaire puissent bénéficier sans problème de ce traitement". Une bien piètre consolation !