Bataille autour de la réforme du collège

La quasi-totalité des quotidiens nationaux (Les Echos et Libération exceptés) titrent ce matin sur la réforme du collège. "La Fronde", titre la "une" du Parisien/Aujourd’hui, alors que les syndicats d’enseignants appellent aujourd’hui à manifester contre la réforme. "Le gouvernement empêtré dans la réforme du collège", estime Le Figaro, soulignant que "Manuel Valls a réaffirmé hier son soutien au projet de Najat Vallaud-Belkacem". Le quotidien (page 3) publie un entretien avec Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre socialiste de l’Education nationale, dans lequel il dénonce "l’égalitarisme niveleur" de la réforme du collège et fait l’éloge de "l’élitisme républicain", qui "consiste à donner à chacun la possibilité d’aller au bout de ses possibilités".

Le Figaro (page 2) s’intéresse également à "ce qu’il y a dans la réforme". Dès 2016, chaque établissement fixera 20% de l’emploi du temps, soit quatre heures par semaine, consacrés à du travail en petits groupes, de l’accompagnement personnalisé et des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). L’auto­nomie accordée aux collèges fait craindre aux syndicats un pouvoir accru des chefs d’établissement et des projets interdisciplinaires "ludiques et superficiels".

Par ailleurs, les professeurs de lettres classiques dénoncent le projet d’enseigner le latin et le grec via l’un des "enseignements pratiques interdisciplinaires" pendant des heures de français et d’histoire. Enfin, troisième point retenu par Le Figaro (page 2), les classes bilangues (16% des élèves), qui permettent d’étudier deux langues vivantes dès la 6e, seront supprimées. La fin des classes bilangues hérisse les professeurs d’allemand et inquiète outre-Rhin. En revanche, les élèves débuteront une deuxième langue vivante dès la 5e, alors que la première langue sera généralisée en CP.

"Réforme des collèges : et si on écoutait les profs ?", propose la "une" de L’Humanité. Le quotidien relève que 60% des Français estiment "justifiées" les manifestations d’aujourd’hui, selon un sondage Odoxa publié hier dans Les Echos.

"Il y a aujourd’hui une très forte demande sociale de suivi individualisé des élèves, constate Clément Dirson, professeur de français dans l’académie de Créteil (Val-de-Marne). L’école publique ne pourrait-elle pas être plus efficace que les divers cours de soutien privés, auxquels les familles, y compris défavorisées, ont recours ?"

Pour sa part, La Croix a "d’autres idées pour l’école", pour reprendre son titre de "une". Le quotidien catholique (pages 2 et 3) a demandé à huit personnalités leurs propositions "pour une réforme en profondeur du système éducatif". Gabriel Cohn-Bendit, fondateur du lycée expérimental de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), dénonce l’immobilisme du corps enseignant. "L’école doit transmettre la langue et la culture", considère simplement Philippe Delerm, écrivain et ancien enseignant en collège.

Les personnes les plus démunies ont un accès de plus en plus restreint aux soins en Europe, dénonce Médecins du monde (MDM) dans un rapport publié hier, rapporte L’Humanité (page 15). Les données recueillies par cette ONG "déconstruisent clairement le mythe de la migration pour raison médicale, si souvent utilisé par les gouvernements pour limiter l’accès aux soins", note le quotidien.

"Alors que les besoins de santé non satisfaits ont augmenté globalement dans la plupart des pays en raison de la crise économique et des mesures d’austérité, les personnes les plus démunies (parmi lesquelles un nombre croissant de ressortissants nationaux) ont été les plus durement touchées", souligne le rapport de MDM.

Ce constat est basé sur des consultations médicales réalisées en 2014 auprès de 22 171 personnes (dont 78% d’immigrés non européens) dans neuf pays de l’UE, dont l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, précise L’Humanité. Le rapport dénonce une situation particulièrement difficile pour les femmes enceintes et les enfants. Plus de la moitié d’entre elles n’avaient pas bénéficié de consultation prénatale avant leur rendez-vous avec Médecins du monde, tandis que seulement un tiers des enfants vus par l’ONG étaient vaccinés contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, relève L’Humanité.

Au total, deux tiers des patients vus par MDM en 2014 ne bénéficiaient d’aucune couverture maladie. "Les barrières à l’accès aux soins les plus fréquemment citées sont l’impossibilité financière de payer, les problèmes administratifs, le manque de connaissance ou de compréhension du système de santé et des droits relatifs à la santé, et la barrière de la langue", explique Médecins du monde.

 

John Sutton

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