Bars et restaurants : la fin des coins fumeurs

Depuis le 1er janvier 2008, l'interdiction totale de fumer concerne tous les lieux publics, bars, restaurants et discothèques inclus. Ces établissements bénéficiaient d'un sursis depuis le mois de février 2007. Pourquoi ne pas en profiter pour arrêter de fumer ? Notre dossier pour vous aider à écraser votre dernière cigarette.

"Fumeurs ou non-fumeurs ?" Depuis le 1er janvier 2008, cette question, lancée en guise de bienvenue aux clients des cafés et des restaurants, n’a plus de raison d’être. En vertu du décret du 15 novembre 2006, modifiant la loi Evin de 1991, les débits de boissons et de tabac, les hôtels, restaurants, casinos, cercles de jeux et discothèques sont désormais non-fumeurs. Ils rejoignent ainsi tous les autres lieux à usage collectif interdits à la cigarette depuis le 1er février 2007 : entreprises, établissements de santé, transports en commun, écoles, collèges et lycées...

Concrètement, bars et restaurants peuvent toujours créer des emplacements réservés aux fumeurs. Mais ces fumoirs doivent être clos, de dimensions limitées et équipés de puissants dispositifs d’extraction d’air. Pour que les salariés n’aient pas à y pénétrer, aucune prestation ne peut y être délivrée : "En clair, c’est la fin des pseudo-coins fumeurs, qui protégeaient bien mal salariés et consommateurs des effets du tabagisme passif", se félicite Gérard Audureau, président de l’association Droits des non-fumeurs.

Morts prématurées

Ce durcissement réglementaire, qui intervient quinze ans après le vote de la loi Evin, s’explique d’abord par la progression des connaissances sur les risques du tabagisme passif. On sait aujourd’hui avec certitude que l’exposition à la fumée de tabac augmente les risques de cancer du poumon et d’accidents cardio-vasculaires, tout en aggravant des pathologies comme l’asthme. Selon le ministère de la Santé, 5.000 non-fumeurs meurent ainsi prématurément chaque année de maladies provoquées par le tabagisme passif.

L’entrée en vigueur du premier volet du décret, en février 2007, a déjà considérablement réduit ces risques. Selon l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), le pourcentage de salariés affirmant travailler dans des lieux non-fumeurs est passé de 42 % en janvier à 78 % en avril.

Mais, pour le Pr Bertrand Dautzenberg, vice-président de l’Alliance contre le tabac, c’est l’interdiction de fumer dans les bars et restaurants qui aura l’impact le plus important sur la santé des Français : "Dans ces établissements, explique-t-il, les salariés sont exposés, pendant des durées très longues, à une pollution colossale, sans commune mesure avec celle des entreprises classiques. Ce décret devrait donc aboutir à une amélioration significative de leur état de santé, comme cela a été le cas dans d’autres pays."

Fréquentation en hausse

Conscients des bienfaits d’une telle mesure, une majorité de Français semble d’ailleurs favorable à cette interdiction. Si l’on en croit un sondage réalisé en juillet 2007 par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), la fréquentation des bars, restaurants et discothèques pourrait même augmenter après le 1er janvier, y compris chez les fumeurs.

"Dans l’ensemble, le décret est également bien accueilli par les professionnels, souligne Gérard Audureau. Une enquête menée par notre association auprès de 199 restaurateurs du Bas-Rhin a montré que 82% d’entre eux étaient prêts à l’appliquer. Preuve que la nocivité du tabac et la nécessité de s’en protéger sont aujourd’hui entrées dans l’inconscient collectif."

Reste que l’interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif a, en général, peu d’impact sur la consommation de cigarettes : "On a observé une petite baisse en février, au moment de l’entrée en vigueur du décret, mais les courbes ont vite remonté", remarque Bertrand Dautzenberg, qui milite aujourd’hui pour le renforcement, en parallèle, des mesures d’accompagnement au sevrage tabagique.

La France est entourée de pays non-fumeurs

S’il n’existe à ce jour aucune législation européenne harmonisant l’interdiction de fumer dans les espaces publics, certains pays ont déjà imposé cette règle. Ainsi, chez nos voisins immédiats, la majorité est clairement du côté des non-fumeurs :

- En Belgique, l’interdiction de fumer est totale dans les "lieux fermés et accessibles au public" (restaurants et bars de plus de 50 m2) depuis 1991. Il n’est plus possible de fumer dans les lieux de travail depuis le 1er janvier 2006.

- Au Luxembourg, l’interdiction est partielle depuis septembre 2006.

- En Allemagne, pas d’interdiction générale de fumer dans les lieux publics, mais les employeurs doivent prendre les mesures nécessaires pour protéger les salariés contre les risques du tabagisme passif.

- En Italie, il est interdit de fumer dans les lieux publics depuis le 10 janvier 2005.

- En Espagne, interdiction totale de fumer depuis le 1er janvier 2006, mais des exceptions sont prévues.

- Au Royaume-Uni, l’interdiction totale de fumer est en vigueur depuis le 1er janvier 2007.

Source : site du ministère de la santé sur le tabac.

Stéphanie Lampert

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