Attentats : mobilisation remarquable des personnels soignants

"L'attente des secours m'a parue interminable et les pompiers, arrivés les premiers, ont été pris de court par la scène de guerre qu'ils ont découverte", témoigne dans Le Monde (page 13), Frédéric Ittah, intervenu rapidement à La Belle équipe, le bistrot de la rue de Charonne où dix-neuf personnes ont perdu la vie vendredi soir. Après avoir entendu des coups de feu, Anne-Sophie de Chaisemartin arrive sur les lieux à 21h40. Les secours n'étant pas encore arrivés, "j'ai filé chez moi chercher ma trousse de secours". Equipée de garrots et de pansements compressifs, elle soigne plusieurs blessés avec des gestes appris lors d'une formation de secouriste, mais jamais appliquée "pour de vrai".

"J'ai maintenu éveillé une Américaine touchée par deux balles, explique-t-elle dans le quotidien. Il était près de minuit quand elle a été évacuée par une des deux ambulances qui faisaient des allers-retours avec les hôpitaux." "Chaque véhicule est équipé de deux sacs de secours, ce qui était insuffisant pour faire face à la situation, reconnaît le commandant Gabriel Plus, des sapeurs-pompiers de Paris. Aux abords du Bataclan notamment, nous avons dû faire des garrots de fortune avec des ceintures ou des cravates."

En cas d'arrêt cardiaque et de grave hémorragie causée par une arme à feu ou une arme blanche, tout se joue dans "les deux à trois premières minutes", précise, dans Le Monde, Pierre Carli, le patron du Samu de Paris, qui juge l'action des pompiers ce soir-là "exemplaire".

Médecins, personnels soignants et administratifs, techniques, logistiques ont su prendre en charge les urgences vitales, traiter les blessés, accompagner les personnes choquées, soutenir les familles et répondre de façon adaptée à l'ensemble des appels.

Un avis partagé par la ministre de la Santé qui a salué hier une "mobilisation exemplaire" des "médecins, personnels soignants et administratifs, techniques, logistiques", lesquels "ont su prendre en charge les urgences vitales, traiter les blessés, accompagner les personnes choquées, soutenir les familles et répondre de façon adaptée à l'ensemble des appels", indique un communiqué du ministère de la Santé. Marisol Touraine a d'ailleurs annoncé qu'une enveloppe de 3 millions d'euros serait versée sous forme de primes exceptionnelles aux personnels hospitaliers intervenus au secours des victimes des attentats de Paris et Saint-Denis.

Par ailleurs, plusieurs riverains des restaurants et cafés frappés par les attentats et ayant participé aux secours ont rencontré mardi la maire de Paris, Anne Hidalgo. Ils ont insisté sur la nécessité pour tous les citoyens de suivre des cours de secourisme.

Comment panser les blessures psychologiques des rescapés ?, interroge l'hebdomadaire L'Express (n° 3359, page 66). "Il faut informer sur les troubles que ces personnes pourront ressentir dans les prochains jours : dissociation, prostration, agitation, discours en boucle, perte d'appétit et surtout de sommeil", indique Eric Ghozlan, directeur du pôle Enfance de l'association L'œuvre de secours aux enfants. Pour les personnes les plus en détresse, il ne faut pas hésiter à prescrire des médicaments. "L'un des enseignements principaux est qu'il faut mettre en place un suivi à long terme aussi pour les témoins", souligne, dans L'Express, Stéphanie Vandentoren, coordinatrice d'une étude inédite de l'Institut de veille sanitaire (InVS) sur les conséquences sur la santé (idées suicidaires, dépression, dépendance à l'alcool…) des victimes des attentats de janvier 2015.

S'avouer sa peur, s'interroger sur la façon dont on va continuer à vivre avec ce poids-là est un travail que nous avons tous à faire sur nous-mêmes.

Comment vivre avec la peur au quotidien pendant une période indéterminée ?, interroge L'Express (page 68). "Le seul remède consiste à parler pour ne pas céder à la panique, conseille la psychanalyste Claude Halmos. Cela est vrai pour les jeunes, mais aussi pour chacun d'entre nous. S'avouer sa peur, s'interroger sur la façon dont on va continuer à vivre avec ce poids-là est un travail que nous avons tous à faire sur nous-mêmes. Et il n'y a pas de formule magique pour y parvenir."

Les DRH interrogés par Le Parisien/Aujourd'hui (page 8) font état de salariés choqués par les attentats, mais qui sont venus travailler malgré tout. "Ils ont besoin d'anxiolytiques et d'écoute, constate Serge Smadja, secrétaire général de SOS Médecins. Certains demandent un arrêt de travail, mais ils sont peu nombreux." Parmi eux, des témoins directs d'une fusillade ou bien des personnes qui comptent des victimes dans leur entourage.

En bref

Social

– "Les hôpitaux sous haute surveillance des hackers." Les appareils médicaux sont presque tous connectés à Internet. Bloomberg-Buisnessweek se penche sur les expériences d'un geek californien, qui a découvert combien il était facile de pirater ces équipements et d'en extraire des données sur la vie privée : numéro de Sécu, âge, pathologies… Les Echos page 13.

– "La solidarité contre la haine." Les Assises mondiales de la solidarité, organisées par le Secours populaire français, se sont ouvertes hier à Marseille. L'Humanité page 25.

– "Annie Burlot-Bourdil, un CV multicarte à La Croix-Rouge française." Nommée directrice générale de La Croix-Rouge, Annie Burlot-Bourdil, dirigera 56.000 bénévoles et 18.000 salariés. Les Echos page 36.

Santé

– "Gaz neurotoxiques : un antidote à disposition des hôpitaux." Un arrêté du ministère de la Santé, publié au « Journal Officiel » du 15 novembre, autorise l'utilisation en grande quantité du sulfate d'atropine, un antidote contre les gaz mortels (tabun et sarin). Le Parisien/Aujourd'hui page 6.

Economie

– « Pfizer peaufine son offre sur Allergan." Le créateur du Viagra® s'apprêterait à proposer 140 milliards d'euros pour mettre la main sur Allergan, le champion du Biotox®. Le Figaro-économie page 27.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)