Assurance maladie universelle : les critiques de Thierry Beaudet

Pour le président de la Mutualité Française, le déficit chronique de l'assurance maladie ne permet pas l'absorption, comme le proposent certains candidats, des 42 milliards d'euros de dépenses de santé assurés par les complémentaires et les ménages. Sauf à alourdir la fiscalité.

Fondre le régime des complémentaires santé dans une Sécurité sociale universelle : voici la proposition de l'économiste de la santé Didier Tabuteau et de Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), dans une tribune publiée ce week-end dans Le Monde. Pour ces deux auteurs, qui formulaient déjà une proposition analogue en 2012, ce nouveau système de financement de la santé permettrait d'économiser sur les frais de gestion.

Ce raisonnement "ne convainc pas Thierry Beaudet, le président de la Mutualité Française", souligne La Croix. "Chaque année, l'assurance maladie est en déficit chronique. L'an passé, celui-ci était de 4 milliards d'euros. Et c'est à cette Sécu, qui creuse notre dette sociale année après année, qu'on voudrait transférer la totalité des remboursements !", s'insurge-t-il.

Claude Le Pen, économiste de la santé, n'est pas non plus favorable à cette proposition, comme il l'exprime dans La Croix. "Les mutuelles jouent un rôle de santé publique. Certaines font de la prévention. La Mutualité Française mène de nombreuses actions pour promouvoir les génériques", rappelle-t-il.

Pour lui, "tout fusionner pour aboutir à un système étatique de remboursement (…) serait un vrai changement de philosophie. Dans certains pays, comme l'Angleterre, où existe un seul payeur, il y a un fort contrôle sur les soins, avec des restrictions ou même un rationnement dans l'accès à certaines thérapeutiques coûteuses".

Un changement de paradigme qui pose d'ores et déjà l'épineuse question du financement car, comme le fait valoir Thierry Beaudet, "aujourd'hui, les complémentaires et les ménages dépensent 42 milliards par an pour la santé. Demain, qui va payer cette somme si on met en place une assurance maladie qui rembourserait 100% des soins ?".

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John Sutton

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