Assurance maladie : les assurés passent à la caisse

Pour faire face au dérapage des dépenses de santé, le directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) a présenté hier de nouvelles mesures de redressement. L’objectif est de réaliser 1,46 milliard d’euros d’économie en année pleine, prévient Le Figaro (page 21).

Pour Le Parisien/Aujourd’hui (pages 8 et 9), le montant de la somme constitue "une surprise de taille" puisque "un plan de 900 millions d’euros aurait suffi à contenter les “gendarmes” de l’assurance maladie". Mais comme les dépenses du mois de mai ont été très élevées, la Cnam a "craint de présenter un plan trop minimaliste, et donc voué à l’échec".

Les mesures adoptées pourraient ainsi aider à combler en petite partie le déficit de la branche maladie évalué pour le moment à 6,7 milliards, contre une prévision initiale de 3,9 milliards. "Une estimation que la Commission des comptes de la Sécurité sociale devrait préciser dans son rapport le 4 juillet", précise Le Monde (page 12).

En élevant ainsi la barre des économies à réaliser, "les patients paieront une bonne partie de la facture", avertit Le Parisien/Aujourd’hui. Tandis que l’Humanité évoque en "une" un "racket sur les malades". Selon La Tribune (page 25), les assurés devront contribuer aux économies à hauteur de 350 millions d’euros.

Les pénalités en vigueur en cas de non-respect du parcours de soins seront renforcées : les patients ne seront plus remboursés qu’à 50% par les régimes obligatoires, contre 60% actuellement. Une autre mesure concerne le déplafonnement du forfait de 1 euro : il pourra désormais s’appliquer jusqu’à 4 fois par jour au lieu d’une actuellement. Cette participation non remboursée restera cependant plafonnée à 50 euros par an.

En fait, constate Le Figaro, avec les mesures présentées hier, "tout le monde devrait […] passer à la caisse". Y compris les complémentaires santé à qui l’on demande de mettre "également de leur poche" ajoute La Tribune. Notamment "en contribuant aux rémunérations forfaitaires versées aux professionnels de santé". Economies envisagées : 200 millions d’euros.

Mais il n’est pas sûr que cette mesure soit adoptée, prévient Le Parisien/Aujourd’hui. "Selon certains experts, l’idée de prélever 200 millions d’euros sur les mutuelles pourrait […] être rejetée par le Comité d’alerte" car "elle ne joue pas sur les dépenses, mais sur les recettes".

Quoi qu’il en soit, cette décision pousse le président de la Mutualité Française à ironiser dans Le Figaro : "Une taxe sur nos adhérents pour renflouer le régime obligatoire, il fallait le trouver. Rien n’arrête le progrès !" Développant ses arguments à l’AFP, Jean-Pierre Davant, trouve en effet "curieux, dans un contexte de crise financière, de demander des efforts aux assurés sociaux et en même temps de récompenser une partie des professionnels". Une façon de rappeler que les médecins généralistes vont bénéficier d’une revalorisation de la consultation d’un euro le 1er juillet prochain.

"Favorable depuis longtemps à une sortie du tout paiement à l’acte", écrit Le Figaro, le président de la Mutualité française se dit "prêt à discuter d’une prise en charge partielle par les complémentaires de forfaits (prévention…)", à condition que cela relève "d’une vraie réflexion sur la rémunération des médecins".

Plus largement, Jean-Pierre Davant trouve déplorable que l’on soit confronté au même problème depuis deux décennies. "Tant qu’on ne fera pas de réforme structurelle de l’offre de soins en France, périodiquement, il faudra chercher des fonds pour boucher un trou sans fin", a-t-il déclaré à l’AFP ainsi que sur les ondes de Sud Radio.

"Et les franchises dans tout ça ?", demande Le Parisien/Aujourd’hui. Prévues par le nouveau gouvernement pour être mises en place dès 2008, elles "s’appliqueront en plus du plan d’économies en cours". Pour Jean de Kervasdoué, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), interrogé par ce même quotidien, "cette franchise n’est pas une idée neuve".

D’après ses estimations, "elle ne limitera pas les dépenses [puisque] 52% des dépenses de santé sont le fait de 5% des patients". Cette franchise risque "de tuer l’idée de solidarité nationale", relève pour sa part Jean-Pierre Davant dans La Nouvelle république des Pyrénées du 19 juin. Ces propos ont été tenus lors de l’assemblée générale de la Mutualité Française des Hautes-Pyrénées qui s’est déroulée samedi à Tarbes.