Appareils auditifs : 2,1 millions de malentendants non équipés en raison du prix

Seulement un malentendant sur quatre dispose d'un appareil auditf, déplore une étude de l'association de consommateurs UFC-Que choisir. Confrontées à des prix trop élevés, 2,1 millions de personnes renoncent à s'équiper.

Près de 6 millions de personnes souffrent d'une déficience auditive en France, un chiffre qui devrait progresser compte tenu du vieillissement de la population. Le marché de l'audioprothèse a plus que doublé depuis 2000, avec près de 600.000 appareils vendus en 2014 et 927 millions d'euros de chiffre d'affaires. Pourtant, seulement 1,5 million de malentendants portent des audioprothèses, soit à peine un sur quatre.

Cette situation est préjudiciable car les personnes non appareillées s'isolent progressivement de leur entourage et de leur vie sociale. "On sait que cela accélère la perte d'autonomie et favorise l'entrée dans la dépendance de manière beaucoup plus rapide", a déploré le 28 septembre Alain Bazot, président de l'association de consommateurs UFC-Que choisir, lors de la présentation d'une étude sur le marché de l'audioprothèse.

Faible concurrence

Principale cause du faible taux d'équipement : des prix trop élevés qui contraignent 2,1 millions de personnes à ne pas s'équiper (58%). En moyenne, une aide auditive coûte 1.550 euros par oreille, dont 1.099 euros à la charge du patient. Pour appareiller ses deux oreilles (80% des cas), un patient devra donc s'acquitter de 2.200 euros sur un total de 3.100 euros.

"Nous sommes face à un scandale sanitaire, qui découle d'un scandale économique", a fustigé Alain Bazot. Achetées 327 euros aux fournisseurs, les audioprothèses sont vendues "4,5 fois leur prix d'achat", a précisé Mathieu Escot, responsable des études UFC-Que choisir. Cela représente une marge nette de 242 euros, "comprise entre 15% et 18%". En comparaison, ce taux est de l'ordre de 10% en optique.

Pour l'association UFC-Que choisir, ce constat résulte d'une pénurie d'audioprothésistes "savamment entretenue". La pénurie diminue la concurrence et engendre des "salaires deux à trois fois plus élevés que celui des professions comparables", de niveau Bac+3 : 4 000 à 4 500 euros bruts mensuels pour un débutant, et 6.000 à 7.000 euros pour un audioprothésiste confirmé. Au final, ces coûts salariaux pèsent à hauteur de 534 euros dans le prix de chaque appareil.

Le nombre d'audioprothésistes s'élève actuellement à 3.091 alors qu'il faudrait « 7.150 au­dioprothésistes pour répondre aux besoins sanitaires des Français", préconise l'association. Cet argument a été immédiatement contesté par le Syndicat national des audioprothésistes : l'Allemagne compte 4.850 audioprothésistes pour 81 millions d'habitants. "Serait-il utile de disposer de 7.150 audioprothésistes, soit 47% de plus qu'en Allemagne pour une population inférieure de 16 millions de personnes ?", interroge l'Unsaf dans un communiqué.

"Grande opacité sur les liens d'intérêt"

Les tarifs excessifs sont aussi la conséquence de la vente couplée de l'appareil auditif et de prestations de suivi lesquelles ne sont pas toujours réalisées (fermeture du magasin, décès du patient…), soutient UFC-Que choisir. Cette vente "en bloc" a été supprimée par la loi Macron mais l'assurance maladie n'a pas encore changé ses règles de remboursement. Ré­clamée par l'association, cette modification permettrait au patient de connaître précisément le tarif de l'audioprothèse et celui des prestations de services.

Par ailleurs, UFC-Que choisir dénonce "une grande opacité sur les liens d'intérêt avec les médecins ORL". En 2014, ces derniers auraient reçu "a minima 2,4 millions d'euros d'avantages" provenant du secteur de l'aide auditive. Ces avantages pourraient atteindre "plusieurs milliers d'euros par an". Des liens financiers gênants dans la mesure où 59% des patients choisissent leur audioprothésiste sur recommandation de leur médecin…

De la même façon, l'indépendance des distributeurs est contestée. Certains fabricants aident financièrement des enseignes de distribution ou les rachètent. "Dans ce cas, comment être absolument sûr que le produit vendu est le meil­leur ?", questionne Alain Bazot, évoquant la possibilité de favoriser la marque du financeur.

Le patient doit être certain que l'appareil est "garant du meilleur rapport qualité-prix" et qu'il est vendu pour "des raisons sanitaires et non pas économiques". Pour cela, il faudrait "rendre obligatoire l'information des consommateurs sur les liens capitalistes et financiers que les audioprothésistes entretiennent avec les fabricants".

Télécharger l'enquête complète d'UFC-Que choisir

Paula Ferreira

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