Anévrisme de l’aorte abdominale : le dépistage diminue de moitié le risque de décès

La clinique mutualiste de la Porte de l’Orient en Bretagne est à l’initiative d’une action de prévention de la rupture de l’anévrisme de l’aorte abdominale. Cette pathologie silencieuse est responsable d’autant de décès que le cancer du sein ou de la prostate.

"On diminue d’environ 50% le risque de mortalité des anévrismes de l’aorte abdominale en organisant un dépistage." Le Dr François Saudreau, chirurgien vasculaire à la clinique mutualiste de la Porte de l’Orient, à Lorient (Morbihan), est l’un des professionnels de santé impliqués dans le dépistage organisé depuis la mi-février sur le territoire de Lorient et de Quimperlé. L’anévrisme désigne l’augmentation du diamètre de l’aorte abdominale. "Le risque principal de cette dilatation est la rupture", précise le Dr François Gérard, chirurgien vasculaire dans le même établissement, dans une interview sur le site Internet de la Mutualité Française Bretagne.

Cette pathologie, asymptomatique, touche 3% de la population, surtout masculine, surtout après 65 ans. Les facteurs de risque sont principalement le tabagisme et les antécédents familiaux. Quand il y a rupture de l’anévrisme, "il y a une hémorragie interne avec un saignement tellement abondant qu’il entraîne un choc hémorragique, avec un risque de décès très important (75% de mortalité), même en cas d’intervention", précise ce chirurgien. Il faut savoir que les accidents de rupture de l’aorte abdominale sont responsables d’autant de décès que le cancer du sein ou de la prostate.

Cette situation justifie naturellement l’expérimentation du dépistage de l’anévrisme de l’aorte abdominale. Initiée par la clinique mutualiste de la porte de l’Orient, cette expérimentation est mise en place avec le soutien du service prévention de la Mutualité Française Bretagne, l’agence régionale de santé (ARS), les représentants des médecins libéraux, l’assurance maladie du Morbihan et des professionnels de santé de cette clinique. A noter : la Haute Autorité de santé (HAS) s’est prononcée le 18 février en faveur d’un tel dépistage.

Associer les médecins de ville

Quelque 1.250 hommes âgés de 65 à 90 ans, soit 10% de la population masculine concernée de ce territoire, ainsi que les médecins généralistes, viennent de recevoir un courrier pour participer à cette action. "Ils sont invités à analyser les facteurs de risque des patients", précise le Dr François Saudreau. Les patients retenus devront passer une échographie abdominale, poursuit-il. Cet examen, d’une durée d’une vingtaine de minutes, permet de détecter l’éventuelle existence d’un anévrisme. Si c’est le cas, un suivi médical ou une opération chirurgicale sont programmés.

Cette expérimentation implique d’informer et d’associer l’ensemble des professionnels de santé concernés, autrement dit les médecins traitants et les spécialistes tels que les angiologues, radiologues et cardiologues, rappelle Nicolas Riguidel, responsable de la prévention à la Mutualité Française Bretagne. "Il est absolument décisif d’associer tout de suite les médecins de ville à ce dispositif", insiste le directeur de la Porte de l’Orient, Régis Condon.

Dans une seconde étape, cette expérimentation pourra être proposée à une plus grande échelle, suggère la Dre Françoise Durandière, conseillère médicale à la direction de l’offre de soins et de l’accompagnement de l’ARS. "Une publication pourra être faite sur le sujet, de façon à alerter le ministère sur l’intérêt de diffuser cette expérimentation" au niveau national, ajoute cette professionnelle de santé.

Milène Leroy

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)