Alzheimer : des traitements inutiles

Quatre médicaments contre la maladie d'Alzheimer sont jugés inefficaces et coûteux. La Haute Autorité de santé (HAS) préconise l'arrêt de leur remboursement.

Ils ne servent à rien et pourtant, depuis vingt-cinq ans, quatre médicaments (l'Ebixa, l'Aricept, l'Exelon et le Reminyl) sont encore prescrits contre la maladie d'Alzheimer. C'est en tout cas l'avis rendu le 19 octobre 2016 par la Commission de la transparence qui est en charge de l'évaluation des médicaments au sein de la Haute Autorité de santé (HAS).

Compte tenu de leur absence d'efficacité et de leur impact financier, estime, dans Libération, le professeur Olivier Saint-Jean, membre de cette commission, ces produits "doivent être retirés de la liste des médicaments remboursables".

Avant d'émettre de telles conclusions, précise ce directeur du service de gériatrie de l'Hôpital européen Georges-Pompidou dans un entretien, "toutes les études menées sur ces traitements ont été auscultées".

Peu fiables, celles-ci n'ont considéré qu'une population de 75 ans d'âge moyen et ont éliminé les personnes qui souffraient de maladies associées. "Bref, la population était biaisée", indique le professeur.

De surcroît, "l'impact de ces médicaments au long cours" n'a pas été mesuré. Rien de surprenant puisque les études se sont rarement étendues au-delà des six mois. Nul ne sait donc si les traitements sont susceptibles de changer le destin des malades "en termes d'autonomie, de qualité de vie, ou de pouvoir choisir de rester à domicile".

En termes d'effets indésirables, en revanche, ces médicaments ont un impact assez non négligeable sur les malades : troubles digestifs fréquents, symptômes cardio-vasculaires potentiellement graves, cauchemars, crise d'angoisse, crampes, rhinites…

Alors que la HAS avait déjà pointé en 2011 l'efficacité limitée de ces produits, leur remboursement a été poursuivi, au prétexte qu'ils "maintenaient un lien thérapeutique avec le patient", explique le Pr Saint-Jean. "C'est de la médecine à l'ancienne, s'insurge-t-il. En plus, il n'a jamais été montré que ces médicaments apportaient le moindre bénéfice dans la vraie vie des patients."

Certains pays ont bien tenté de les dérembourser : par exemple la Grande-Bretagne, en 2007. Mais les laboratoires ont contre-attaqué, mettant en doute la méthodologie utilisée pour démontrer leur inutilité.

Même chose en Allemagne, au Canada, "mais rien n'y a fait", déplore le professeur. Par ailleurs, les firmes industrielles se sont bien gardées de fournir des études complémentaires, plus longues et plus poussées, sur l'efficacité de leurs produits. Ceux-ci ont donc continué à être prescrits. Comme s'"il y avait une sorte d'impossibilité symbolique à dire que l'on n'avait pas de médicament contre l'Alzheimer".

Si la ministre de la Santé, Marisol Touraine, suit l'avis de la Commission, la France sera le premier pays du monde à ne plus rembourser ces traitements que reçoivent encore entre 30.000 et 40.000 patients. "Soit une dépense pour la collectivité d'encore 100 à 130 millions d'euros par an. Dans les années 2000, ce chiffre était monté à près de 400 millions par an, précise le membre de la Commission avant d'ajouter : Quel gâchis, quelle honte !"

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Frédéric Lavignette

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