Alzheimer : faire face à la « vague gériatrique »

Avec le vieillissement de la population, la maladie d'Alzheimer ne cesse de progresser. Aujourd'hui, elle touche 860.000 personnes. Un nombre qui pourrait atteindre 1,2 million en 2020. Symptômes, traitements, prise en charge : présentation de cette maladie à l’occasion de la 14e Journée mondiale consacrée à cette pathologie que se déroule le 21 septembre.

Peu à peu, sa mémoire s'est envolée, ses mots se sont faits plus rares et ses yeux se sont éteints. Quelque temps encore, de brusques accès de colère l'ont secoué, puis il a perdu tout contact avec le monde extérieur. Pendant près de dix ans, Joseph, agriculteur, a souffert de la maladie d'Alzheimer. Au départ, les symptômes étaient discrets : perte fréquente de ses clefs, anxiété inhabituelle. Ils se sont progressivement accentués jusqu'à la dépendance complète.

La maladie d'Alzheimer est une pathologie chronique, invalidante et neurodégénérative. Elle se caractérise par une détérioration progressive des fonctions cognitives dont la mémoire et le langage, explique le Pr Laurent Teillet, chef de service de médecine gériatrique à l'hôpital Sainte-Périne, à Paris. Les fonctions exécutives, qui permettent d'anticiper ou de planifier des actions sont également touchées.

A cela, s'ajoutent la disparition de la conscience de soi et de son environnement, ainsi que la perte de la capacité gestuelle et de la capacité à reconnaître les êtres vivants et les objets. Le malade est handicapé dans tous les actes de la vie quotidienne. Cuisiner, utiliser un téléphone ou faire un nœud de cravate sont des actes de plus en plus compliqués et, à un stade avancé de la maladie, il ne pourra plus manger, s'habiller ni se laver tout seul.

Repérer au plus tôt les premiers signes

Ce vendredi 21 septembre, la 14e journée mondiale consacrée à cette maladie, permettra de mieux comprendre la réalité de cette pathologie, dont la découverte date de 1906. Cette année-là, un neuropsychiatre allemand, Aloïs Alzheimer, découvre pour la première fois, sur le cerveau d'une de ses patientes décédées, les deux anomalies qui caractérisent cette maladie : la présence de plaques séniles et les dégénérescences neurofibrillaires. Ces lésions cérébrales sont dues au dysfonctionnement et à l'accumulation de deux protéines, dont l'origine reste encore inconnue.

Lorsque les troubles de la mémoire s'installent, tout ce processus d'altération des cellules du cerveau est déjà en marche. Cette maladie peut en effet se développer pendant des années avant d'apparaître au grand jour. D'où la nécessité de repérer bien plus tôt les premiers éléments spécifiques. C'est dans cette direction que travaillent aujourd'hui les chercheurs et notamment une équipe internationale de neurologues de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Vers un dépistage précoce

Grâce aux nouveaux outils d'imagerie cérébrale, comme les IRM, il est possible de détecter la présence de cette pathologie à un stade précoce, affirment ces chercheurs. Ils plaident aujourd'hui pour une redéfinition des critères de la maladie établis en 1984.

Si ces recherches aboutissaient, de nouveaux médicaments pourraient être administrés aux patients bien avant le stade de la démence. Pour l'heure, les traitements s'articulent autour de deux types de médicament, précise Laurent Teillet : ceux qui retardent les effets de la maladie et ceux qui traitent les troubles de l'humeur et du comportement qui sont souvent associés : apathie (absence d'énergie), désinhibition, boulimie...

D'autres traitements, non médicamenteux, sont également utilisés pour stimuler et préserver les capacités cognitives des malades. C'est le cas notamment des ateliers mémoires, au cours desquels des exercices spécifiques sont proposés aux patients, et de l'apprentissage de moyens mnémotechniques pour les aider à retenir les nouvelles informations. Des rééducations de l'orientation, des thérapies par évocation du passé ou par empathie sont également employées.

Au-delà du traitement, c'est toute la question de l'offre de soins qui se pose dans la prise en charge des patients et plus largement des malades âgés. D'autant que les démographes prédisent "une vague démographique gériatrique". Selon les projections, la population des personnes de 75 à 84 ans devrait passer en 2010 à près de 4 millions, contre environ 3 millions en 2000. Celle des plus de 85 ans devrait atteindre 1,5 million. Quant aux centenaires, ils devraient être plus de 150.000 en 2050.

Martine Ciprut

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