Alcoolisme : le baclofène peine à trouver sa nouvelle place

Le baclofène tente de s'imposer dans le traitement contre l'alcool. Deux récentes études révèlent des cas d'intoxication à ce produit.

Décidément, le baclofène parvient difficilement à se faire une place dans le traitement contre l'alcoolisme. Il faut dire que ce n'est pas sa vocation première : initialement, ce médicament commercialisé en 1974 visait à traiter les contractures musculaires involontaires. Mais, grâce à la découverte d'un autre de ses effets thérapeutiques, 100.000 personnes l'utilisent désormais en France pour devenir abstinent de l'alcool, indique Le Monde. Et cela n'est pas sans provoquer quelques réserves des autorités sanitaires.

Déjà, rappelle le quotidien, l'autorisation de mise sur le marché (AMM) du baclofène n'est nullement liée à l'alcool. Or, afin d'encadrer les prescriptions des médecins hors AMM, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a instauré en mars 2014 un dispositif de recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Celle-ci vient d'ailleurs d'être prolongée jusqu'en mars 2018, sous une forme assouplie.

En parallèle, certains laboratoires déposent des demandes d'AMM pour faire valider le baclofène comme traitement contre la dépendance à l'alcool, laquelle touche 2 millions de personnes en France. C'est, par exemple, ce que vient de faire Ethypharm, le 31 mars dernier. La décision est attendue d'ici à mars 2018,  mais il n'est pas sûr qu'elle soit favorable, surtout depuis la publication des résultats de deux récentes études.

Selon Le Monde, en effet, une étude nationale de toxicovigilance, publiée en février dans la revue "Clinical Toxicology", a recensé rétrospectivement 294 cas d’intoxication au baclofène (220 volontaires, 74 involontaires) dans neuf centres antipoison français entre 2008 et 2013, soit bien avant la RTU. Intoxications dues à une prise simultanée d'alcool et/ou de benzodiazépines. Pour 60% des patients, l'intoxication a été classée sévère.

Une autre étude a recensé les dossiers d’intoxication volontaire au baclofène traités par le centre antipoison d'Angers de janvier 2008 à mars 2014. Sur les 111 cas observés, 4 ont été fatals et près de la moitié jugés comme sévères. "Les symptômes les plus fréquents étaient neurologiques (notamment coma), devant des troubles cardiaques. L'existence de troubles psychiatriques multipliait par trois le risque d'intoxication sévère", rapporte Le Monde.

A l'aune de ces divers constats, "la potentialité de suicide avec le baclofène" est confirmée, déclare le Pr Michel Reynaud, président du fonds Actions-addictions. Néanmoins, nuance-t-il, "il faut la mettre en balance avec les bénéfices potentiels de ce médicament, qui permet à environ la moitié des patients traités de repasser sous le seuil de la zone à risque pour leur santé".

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Frédéric Lavignette

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