Albert Lautman : « Les mutuelles ont de réels atouts à faire valoir »

Albert Lautman, directeur général de la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF).

Dans un grand entretien accordé à L’Argus de l'assurance, Albert Lautman, le directeur général de la FNMF, démontre la capacité d'adaptation et de résilience du modèle mutualiste, sur fond de recomposition du paysage de la protection sociale.

A quelques jours de l'assemblée générale extraordinaire (AGE) de la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF) qui doit se tenir le 15 décembre 2016, à Paris, son directeur général, Albert Lautman, détaille dans un grand entretien à L'Argus de l'assurance les enjeux à venir pour le mouvement mutualiste.

Outre la volonté de renforcer la représentation des petites et moyennes mutuelles, notamment grâce à "la création d'un collège ad hoc au sein de l'assemblée générale et donc du conseil d'administration de la FNMF", cette assemblée générale extraordinaire, indique Albert Lautman, va aussi permettre d'établir une "méthode de travail que la Mutualité peut mettre en place dans les prochains mois pour proposer des évolutions du système de santé".

D'ores et déjà, dans un contexte de développement des contrats collectifs, "la réforme du Code [de la Mutualité] devrait nous permettre de moderniser la gouvernance démocratique des mutuelles", prévient-il.

Le principe "Un homme, une voix" notamment serait alors complété par l'introduction d'un nouveau statut de "membre associé", lequel "permettrait aux salariés des entreprises couvertes par des contrats collectifs de faire entendre leur voix aux assemblées générales des mutuelles".

S'adapter aux mutations n'est pas une nouveauté pour les mutuelles. Après avoir passé le cap de la directive européenne Solvabilité 2, avec l'appui de la Fédération, celles-ci participent continuellement à la recomposition du paysage de la protection sociale, fait valoir Albert Lautman.

"Certaines mutuelles se rapprochent de groupes de protection sociale et de sociétés d'assurance", explique-t-il. Et "tous les grands acteurs de l'assurance santé développent des pôles mutualistes, ce qui est un signe ! J'y vois une forme de reconnaissance du modèle mutualiste".

Pour autant, ce modèle doit faire face à "l'érosion du marché de la santé", qui "concerne tous les acteurs, les mutuelles de Livre 2, comme celles de Livre 3, qui sont centrées sur les services de soins et d'accompagnement", ajoute le directeur général de la FNMF. En ce sens, "la spécialisation en santé pose question aujourd'hui pour les mutuelles : elles ne peuvent compenser les faibles marges du secteur avec d'autres activités, comme le font les autres familles d'assureurs. Les principaux groupes mutualistes mènent déjà des réflexions sur ces enjeux", assure Albert Lautman.

Charge à la FNMF d'animer la réflexion collective afin de "remettre de la solidarité et de la mutualisation dans l'assurance santé", une ambition qui "passe par des évolutions structurelles de notre modèle".

Interrogé sur les procédures de référencement des opérateurs pour la couverture de la Fonction publique d'Etat, Albert Lautman souligne, là aussi, les compétences du modèle mutualiste. "Les mutuelles n'ont pas de raison d'avoir peur de la concurrence quant aux référencements ! Elles ont de réels atouts à faire valoir (connaissance de ces métiers, de ce secteur…) face aux autres". Certes, "les pouvoirs publics ont encouragé l'essor de la concurrence via un critère prépondérant : le prix. Mais il faut également regarder le niveau de garanties et les services proposés. C'est dans l'intérêt des fonctionnaires et, au-delà, du grand public !".

En dépit des injonctions paradoxales des pouvoirs publics, et malgré l'avalanche de réformes qui a touché le secteur de la complémentaire santé, la Mutualité a fait la preuve de sa résilience. "Avec l'Ani [accord national interprofessionnel], observe Albert Lautman, elle est devenue le premier acteur en santé collective. Et si notre part de marché s'érode légèrement, la Mutualité reste le leader de la complémentaire santé avec 53% de parts de marché."

A lire aussi dans la presse

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)