Accès aux soins : UFC-Que choisir dénonce une fracture sanitaire amplifiée

Depuis quatre ans, la fracture sanitaire s'aggrave en France, constate une étude présentée le 29 juin 2016 par l'association de consommateurs UFC-Que choisir. Ce phénomène entraîne des difficultés d'accès aux généralistes, pédiatres, ophtalmologistes et gynécologues.

"Nous sommes face à une aggravation de la fracture sanitaire. Un électrochoc s'impose !", a lancé 29 juin 2016 le président de l'association de consommateurs UFC-Que choisir. Alain Bazot s'est exprimé lors d'une conférence de presse sur l'accès aux soins : "Il est temps que ce débat soit pris à bras-le-corps par les pouvoirs publics !" L'association profite de l'actualité sur les négociations conventionnelles pour faire entendre la voix des usagers. Elle défendra également ce sujet lors de l'élection présidentielle de 2017.

Au cours des quatre dernières années, l'UFC-Que choisir déplore "un recul de l'accès aux soins, aux tarifs de la Sécurité sociale, pour plus de 30 millions de Français". Ces résultats sont issus d'une étude sur l'offre de soins de ville de quatre spécialités : généralistes, pédiatres, ophtalmologistes et gynécologues.

Cette analyse complète une étude de 2012, qui soulignait déjà l'apparition d'une fracture sanitaire. Pour mesurer les problèmes d'accès aux soins, deux critères sont passés au crible : la localisation des médecins et les tarifs pratiqués.

Nombreux déserts médicaux

En 2016, sur la base du seul critère géographique, "14,6 millions de Français, soit 23% de la population, ont des difficultés pour consulter un médecin généraliste à moins de 30 minutes de leur commune", rapporte Daniel Bideau, animateur de la commission santé à l'UFC-Que choisir. Par ailleurs, 5% d'entre eux, soit 3,2 millions de personnes, vivent dans un désert médical où la densité de praticiens est inférieure de 60% à la moyenne nationale.

Trouver un pédiatre près de chez soi s'avère difficile pour un tiers des personnes (33%), tout comme un gynécologue (30%) ou un ophtalmologiste (28%). Si les zones rurales sont davantage concernées, les zones urbaines sensibles sont aussi fréquemment confrontées aux déserts médicaux. "Quelle que soit la spécialité, le recul de la présence des médecins sur le territoire est généralisé, et aucune région n'est épargnée", constate l'association.

La situation empire lorsque l'étude inclut l'aspect tarifaire. "Si l'on doit se soigner au tarif de la Sécurité sociale, plus de 8 Français sur 10 ont une offre insuffisante de gynécologues ou d'ophtalmologistes", complète Daniel Bideau. L'accès aux pédiatres demeure difficile pour près de la moitié de la population (45%). Ce taux est de 30% pour les généralistes qui pratiquent peu de dépassements d'honoraires.

"Saupoudrage incitatif"

Pour l'UFC-Que choisir, l'aggravation de la fracture sanitaire s'explique notamment par l'extension des déserts médicaux. "Les mesures incitatives pour encourager les médecins à s'installer dans les territoires sous-dotés n'ont rien changé aux problèmes d'accès aux soins", regrette Mathieu Escot, responsable des études de l'UFC-Que choisir. L'association fustige "le saupoudrage incitatif" sans aucun résultat probant.

Ainsi, les aides accordées aux médecins via "l'option démographie" ont constitué "un effet d'aubaine" car "90% des bénéficiaires étaient déjà installés". Par ailleurs, les subventions octroyées aux jeunes praticiens nouvellement installés étaient inférieures, de "25% en moyenne", à celles des anciens.

Autre subvention dont l'inefficacité est jugée "criante" : "l'option santé solidarité territoriale". Il s'agit d'une "majoration des honoraires pour les médecins qui exercent au moins 28 jours dans un désert médical", rappelle Mathieu Escot. "Seulement 28 ont demandé à bénéficier de cette option…"

Fermer le secteur 2

Seconde cause amplifiant la fracture sanitaire : "La progression des dépassements d'honoraires qui menacent très gravement la capacité des usagers du système de santé à se faire soigner", interpelle Alain Bazot.

"De plus en plus de spécialistes pratiquent des dépassements d'honoraires, notamment en raison du profil des jeunes médecins", poursuit Mathieu Escot. Parmi les nouveaux praticiens libéraux, en effet, seuls 32% sont en secteur 1, contre 54% de leurs homologues retraités.

Résultat : depuis 2012, le tarif moyen d'une consultation a progressé de 3,2% pour les généralistes à 8,8% pour les pédiatres. Pourtant, sur cette période, l'inflation était de seulement 1% (voir histogramme dans l'encadré)

L'UFC-Que choisir regrette le faible impact du contrat d'accès aux soins (Cas), un dispositif dans lequel les médecins adhérents s'engagent à limiter leurs dépassements en contrepartie d'aides supplémentaires.

Le Cas a permis d'éviter 59 millions d'euros de dépassements d'honoraires alors que les subventions accordées aux médecins totalisent 470 millions d'euros : 320 millions d'euros financés par la Sécurité sociale et 150 millions d'euros par les complémentaires santé.

Pour inverser la tendance, l'UFC-Que choisir réclame la fermeture du secteur 2 à honoraires libres. "Il ne s'agit pas de remettre en cause les médecins qui sont déjà en secteur 2 mais de faire en sorte que ce secteur cesse d'être alimenté, plaide Alain Bazot. Les aides publiques aux médecins doivent être réorientées vers les seuls médecins en secteur 1."

Dans cette logique, le Cas doit donc cesser d'être facultatif pour produire ses effets et se substituer au secteur 2, revendique l'association. Dans les zones sur-dotées, l'installation devra se faire exclusivement en secteur 1.

Hausse des tarifs moyens de consultation depuis 2012

les dépassements d'honoraires continuent à progresser, UFC-Que choisirSource : UFC-Que choisir, à partir de données de l'assurance maladie.

En savoir +

  • Carte interactive de la fracture sanitaire.
  • Etude sur la fracture sanitaire.
  • Article "Contrat d'accès aux soins : les conditions de la réussite".

 

 

 

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)