croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Accès aux soins : des délais d’attente trop longs

"Malades, veuillez patienter", titre la "une" de La Croix. Le quotidien consacre un dossier (pages 2 et 3) à l'accès aux soins des malades aux urgences, mais aussi pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste ou un gynécologue, ou pour des examens à visée diagnostique ou de la chirurgie.

"Il y a eu une modification sociologique du système de santé français : le médecin de proximité, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 a disparu. Faute de praticiens disponibles, les malades s'orientent donc vers nous, même pour une simple consultation. Une fois examiné par l'urgentiste, le patient doit être redirigé vers un service hospitalier", observe Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s'est engagée en juin à réduire de moitié le temps d'attente, notamment par un meilleur tri en amont entre "urgences réelles" et "urgences ressenties". Mais, selon Loïc Le Pen, coordinateur des urgences de Creil et Senlis (Oise), la véritable solution ne peut être que globale. "C'est tout le système de santé qui doit être révisé", estime-t-il.

L'allongement des délais d'attente ne se limite pas à l'hôpital. Il touche également la médecine de ville, constate La Croix. "Ici, c'est dix mois d'attente !", note Jean-Bernard Rottier, ophtalmologiste au Mans (Sarthe). Dans le classement des délais d'attente pour un spécialiste, l'ophtalmologie arrive en tête, avec une moyenne proche de 77 jours. Pour les gynécologues, l'attente atteint 40 jours. Heureusement, en cas d'urgence, cela peut aller beaucoup plus vite. "Nous gardons toujours des créneaux pour recevoir les femmes dans un délai de 48 heures", précise Sandrine Brugère, gynécologue à Bordeaux.

Pour répondre à la demande, les spécialistes ont aussi adapté leur façon d'exercer. "On doit aller vite, très vite. Au début je prenais trente minutes par consultation, maintenant je ne passe que quinze minutes avec le malade. On stresse vraiment à l'idée de passer à côté de quelque chose", témoigne le rhumatologue Henri Lellouche, qui exerce à Herblay (Val d'Oise). Selon Michel Ripert, ophtalmologiste à Hyères (Var), "si les délais sont trop longs, c'est le fruit d'un numerus clausus trop strict".

L'allongement de l'attente touche également les examens à visée diagnostique. Un malade relevant d'une situation d'urgence oncologique doit désormais patienter 37,7 jours, contre 29 en 2012, faute d'équipements suffisants. La France ne compte que 10,7 appareils par million d'habitants, soit 684 en tout. A la question quantitative s'ajoute un problème qualitatif. Car les inégalités géographiques perdurent, malgré l'intervention des agences régionales de santé (ARS). Parmi les régions les plus mal loties, on trouve la Bretagne, l'Alsace, la Lorraine ou l'Auvergne.

"En France, l'aspect financier peut jouer sur les délais d'attente, selon que le patient peut payer ou non des dépassements d'honoraires, souligne, dans La Croix, Claude Rambaud, vice-présidente du Collectif interassociatif sur la santé (Ciss). En ville, s'il ne peut pas consulter les spécialistes qui pratiquent ces dépassements, il risque de devoir attendre plus longtemps avant d'obtenir un rendez-vous avec un médecin plus abordable. Cela peut aussi malheureusement se produire dans le cadre de l'hôpital."

 

ANSM : Dominique Maraninchi fait son bilan

Dominique Martin, ancien directeur de l'Office national d'indemnisation des ac­cidents médicaux (Oniam), prendra la di­rection de l'Agence nationale de sé­curité du médicament (ANSM), sous réserve que l'Assemblée nationale valide cette nomination demain. Il succèderait ainsi au Pr Dominique Maraninchi, qui se livre à un large bilan de son action dans Libération (page 12).

Après le tsunami du Mediator®, avez-vous le sentiment d'avoir réussi à remettre l'agence du médicament sur les rails ? interroge le quotidien. "Oui. On a pu mettre en place un système de surveillance sur les produits de santé quand ils sont sur le marché. Et on a installé une véritable transparence dans la routine de l'activité de l'agence", répond le Pr Maraninchi.

Que reste-t-il à faire ? "Nous devons procéder à une réévaluation de l'efficacité des médicaments déjà enregistrés, et donc sur le marché, indique-t-il. (…) Mais il y a beaucoup de freins. Il y a ceux des industriels qui ne souhaitent pas qu'on mette en cause leurs produits déjà commercialisés, mais aussi des freins culturels venant des patients eux-mêmes ou des professionnels." "Ce qui compte désormais, c'est la certitude de l'intégrité de l'expert, ajoute l'ancien patron de l'ANSM. Et pour l'expert ou le médecin, être suspecté reste toujours difficile."

Avec le procès pénal du Mediator® que craignez-vous pour l'Agence du médicament ? "Mon objectif, en reprenant l'agence était “plus jamais ça”. Il fallait rétablir l'ordre et la confiance. Le scandale du Mediator® est grave, il y a eu des victimes, beaucoup, cela a duré quinze ans et l'agence, n'ayant pas toujours pris les bonnes décisions, a été impliquée. (…) Mais aujourd'hui, elle est en ordre de marche."

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)