Vitamines, probiotiques, minéraux : médicaments ou pas ?

Perdre du poids, lutter contre la fatigue, préparer sa peau au soleil... Les produits liés au bien-être et à la santé sont de plus en plus nombreux. Ni cosmétiques, ni médicaments, ils n’entrent pas dans les catégories réglementées existantes. Pourtant, ils sont vendus en pharmacie. Pris à mauvais escient, ces produits peuvent se révéler nocifs pour la santé.

Des gélules pour une silhouette de rêve. Des gouttes pour une forme olympique. De nombreux produits vendus en pharmacie ou en parapharmacie ne sont pas des médicaments : vitamines, probiotiques, extraits de plantes, minéraux, etc. Ce sont des compléments alimentaires.

"Les fabricants peuvent demander une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour que leurs produits entrent dans la catégorie des médicaments, explique Laurence Baranès, pharmacienne à Paris. Cet accord est donné par les autorités sanitaires. Mais son obtention est longue et elle requiert des critères très stricts". Les industriels jouent souvent sur les deux tableaux : une vitamine peut être à la fois un complément alimentaire vendu sans ordonnance ou un médicament indiqué dans certaines maladies.

L'AMM détermine les indications et contre-indications du médicament, la posologie et la durée du traitement, les éventuels effets secondaires et interactions avec d'autres molécules. Mais rien de tel pour ces produits à la frontière du médicament qui répondent à une demande croissante des consommateurs toujours plus soucieux de leur santé et de leur forme. "Le stress quotidien est devenu si prégnant qu'au lieu de prendre le temps de se reposer ou de faire du sport, on préfère avaler une pilule : c'est une solution de facilité", observe le Dr Lemoine, généraliste en région parisienne.

Des produits moins contrôlés, sans garantie de qualité
Les ingrédients qui entrent dans la composition des produits vendus en pharmacie figurent sur une liste de substances autorisées. Néanmoins, ces compléments n'étant pas des médicaments, la qualité de leur préparation et les variations des concentrations sont moins contrôlées. Les garanties de santé sont donc moindres : "Certaines substances peuvent être insuffisamment efficaces, inutiles, voire entraîner des risques pour la santé. C'est notamment le cas de celles destinées aux personnes âgées ou aux femmes enceintes", relève le Dr Lemoine.
Les allégations santé de ces produits sont également peu étayées. "Quand je lis, sur l'emballage d'un produit minceur, qu'une étude - menée sur 50 femmes et pendant 15 jours seulement - a montré un taux de satisfaction de 98%, cela me laisse rêveur", réagit le Dr Lemoine. Avant d'arriver sur les rayons des officines, un médicament est testé sur plusieurs centaines de patients. Pour obtenir le précieux sésame de l'AMM, il fait l'objet d'une dizaine d'années de recherche et développement.

Pour la pharmacienne, certains produits à la frontière des médicaments ont tout de même "une efficacité reconnue quand on les prend assez tôt et à bon escient. Ainsi, le sirop de cranberry peut enrayer une cystite débutante, l'huile de bourrache est efficace contre le dessèchement cutané, certaines plantes ont des propriétés contre la tension", atteste Laurence Baranès.

A consommer avec modération
Mais une consommation incontrôlée de ces substances peut nuire à la santé. Le danger principal consiste "à en prendre en quantité massive ou pendant une période de temps prolongée, ou à les associer", précise le Dr Lemoine. De telles prises peuvent entraîner des effets secondaires tels que des nausées, maux de ventre ou éruptions cutanées, voire des réactions allergiques d'autant plus difficiles à traiter "que l'on n'est pas sûr de la substance à incriminer."
Un autre danger réside dans les interactions de ces produits avec certains médicaments. Heureusement, ce phénomène est rare sauf pour quelques plantes. Ainsi, le millepertuis, une plante contre les dépressions légères, peut diminuer leeffet des contraceptifs oraux et de certains traitements contre le sida. Pensez donc à lire la notice de vos médicaments qui précise toutes les associations dangereuses.

Demander conseil au pharmacien
Un dernier risque consiste à passer à côté d'une pathologie qui nécessite une prise en charge médicale. "Une de mes patientes a voulu traiter seule ce qu'elle pensait être un simple refroidissement. Or, c'était un streptocoque ! Si elle avait consulté tout de suite, elle s'en serait remise en quelques jours. Dans son cas, il a fallu plus de deux semaines pour enrayer l'infection", relate le Dr Lemoine.
Acheter ces produits en pharmacie permet justement de demander conseil au pharmacien. "Ce n’est pas parce que ces produits sont en vente libre que nous laissons les clients faire leur marché", affirme Laurence Baranès. "Nous leur demandons quels sont leurs traitements en cours pour limiter les risques d'interaction et, s'ils présentent plus d'un symptôme de maladie, nous les orientons vers leur médecin traitant." La pharmacienne précise que "ce rôle de conseil et d'orientation fait partie intégrante de notre métier".

Alexandra Capuano