Un déficit qui pourrait atteindre 21 milliards d’euros

"Du simple au double. Il y a à peine plus de six mois, les parlementaires ont voté un budget 2009 de la Sécu en déficit de 10,5 milliards d'euros. En réalité, le "trou" pourrait atteindre 21 milliards", écrit Olivier Auguste en ouverture de son article du Figaro-économie (page 20). "Nous avons fait cette évaluation à la suite des auditions réalisées par la commission des finances de l'Assemblée nationale", explique Marie-Anne Montchamp (UMP), rapporteur du budget de la Sécurité sociale, qui souligne que ces estimations "sont très proches de celles du gouvernement", souligne le quotidien Les Echos (page 2).

"Peut-on parler d'un déficit de crise ? Oui. La perte de recettes due à la forte dégradation de l'emploi explique largement la dégradation des prévisions", analyse Marie-Anne Montchamp. Mais, plaide-t-elle, "ce déficit exceptionnel doit servir de révélateur au caractère structurellement déficitaire de notre modèle social, plutôt que de le masquer" (Le Figaro-économie).

Pour le rapporteur du budget de la Sécu, cette "impasse de financement" devrait entraîner une "remise à plat urgente" de notre système de protection sociale, après un "grand débat avec les Français". En attendant cette grande réorganisation, Marie-Anne Montchamp propose quelques pistes comme l'expérimentation de nouveaux modes de prise en charge de la santé mentale ou de celle des arrêts maladie. En échange d'une baisse de leurs cotisations, elle propose par exemple aux entreprises de continuer à payer leurs salariés en arrêt "court" (moins d'une semaine).

Mais dans l'immédiat, la députée du Val-de-Marne recommande "un pilotage unique de la gestion financière des comptes sociaux, avec une vraie stratégie". L'Acoss ("banque" de la Sécu), la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades) et le Fonds de réserve des retraites "travaillent très bien, mais interviennent sur les marchés chacun dans son coin", déplore Marie-Anne Montchamp, qui se prononce pour une structure de coordination légère. Un "comité de pilotage des finances sociales", que la Cour des comptes doit encore creuser, pourrait permettre d'économiser "au grand maximum un milliard d'euros par an", estime l'élue.

HPST : un recul pour les malades
Le Sénat vient de voter la loi "Hôpital, patients, santé et territoires". "Au cours des semaines précédentes, la commission des Affaires sociales est revenue sur ce qui, dans le projet de loi, me semblait être des avancées dans l'intérêt des malades et de la qualité des soins. Ce recul n'est pas le fruit des hasards", écrit Michel Régereau, président (CFDT) du conseil de la Caisse nationale d'assurance maladie, dans une libre opinion publiée dans La Tribune (page 10).

Il regrette notamment deux modifications apportées au texte de la loi. La première concerne "le retrait de la partie qui visait à rendre obligatoire une part d'activité au tarif remboursable - donc sans dépassement - quand un professionnel exerce au sein d'un établissement de santé en situation de monopole". "La seconde modification est le renvoi à plus tard de la lutte contre ce qui est appelé “les déserts médicaux”, comme s'il n'y avait pas urgence, au motif que la liberté d'installation ne saurait se plier aux besoins des soins", ajoute le président de la Cnam, dans La Tribune. "Sous couvert de défendre l'hôpital ou la médecine libérale, des médecins ont obtenu le retrait de mesures qui commençaient à prendre en compte les difficultés des malades et des assurés sociaux", s'insurge Michel Régereau. Il conclut en rappelant "au législateur que l'égal accès à des soins de qualité a valeur constitutionnelle et que, s'il est illusoire de vouloir faire de la médecine sans les médecins, ils ne doivent pas oublier que le but de la loi en débat est d'améliorer la santé de la population (...)."

John Sutton