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Troubles musculo-squelettiques : l’épidémie continue

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) représentent la première maladie du travail. Les douleurs liées aux TMS touchent 15% des femmes de 20 à 59 ans et 11% des hommes travaillant en entreprise, selon une étude de l'Institut de veille sanitaire (InVS). Pourtant, des solutions existent pour limiter l'exposition des salariés.

Douleurs cervicales ou lombaires, mal au poignet, fourmillements dans les doigts, tendinite du coude ou de l'épaule : les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont une des préoccupations les plus importantes en santé au travail. Ces affections, dont les plus graves peuvent conduire à une invalidité, représentent la première cause de maladie professionnelle indemnisable, selon une étude de l'Institut de veille sanitaire (InVS). En 2008, 40.000 TMS ont été indemnisés au titre de maladies professionnelles par la Sécurité sociale. Soit un coût de 800 millions d'euros.

L'étude de l'InVS présente les résultats du programme de surveillance des TMS mis en place par l'InVS en 2002 dans les Pays-de-la-Loire auprès de 3.710 salariés âgés de 20 à 59 ans. Résultat : 15% des femmes et 11% des hommes sont touchés.

Des pathologies chroniques
Les troubles musculo-squelettiques sont des affections douloureuses qui touchent les tissus des articulations : tendons, muscles, nerfs. Ils sont provoqués par une hypersollicitation en milieu professionnel. Exemple : lorsque les salariés effectuent des gestes répétitifs ou pénibles, au-delà de ce que le corps peut supporter. Ces affections touchent généralement les salariés peu qualifiés : ouvriers, manutentionnaires, travailleurs du bâtiment, mais également les aides ménagères, les agriculteurs, les caissières et même les sportifs.

"Les TMS posent un problème au travail et nuisent à la qualité de vie des personnes atteintes", explique Yves Roquelaure, professeur de médecine du travail au Centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers. "Non seulement elles sont gênées dans leur travail, mais également dans les tâches domestiques, le bricolage, le jardinage... Dans certains cas, attraper une assiette dans un placard peut devenir difficile !"

Autre constat : cette étude montre que "quatre ans après la mise en place du programme de surveillance, les TMS sont toujours un problème", regrette Yves Roquelaure. Pire, "ces maladies tendent à s'aggraver. Les cas sont de plus en plus chroniques et peuvent durer des semaines, voire des mois". Certaines personnes souffrent également de plusieurs TMS : les douleurs s'accumulent dans plusieurs articulations et peuvent durer plus longtemps. Une situation qui empire avec l'âge.

Les TMS ne sont pas une fatalité
Pour autant, "il ne faut pas dramatiser, poursuit Yves Roquelaure. Les TMS se guérissent et il existe des solutions pour limiter l'exposition des salariés". Première piste : modifier l'organisation du travail. "Généralement, on ne laisse pas aux travailleurs la possibilité de développer ou d'utiliser leur savoir-faire comme peuvent le faire les artisans par exemple. Dans les chaînes de production, les ouvriers n'ont pas la possibilité de trouver le geste le plus efficace et le moins douloureux."

Deuxième piste évoquée par ce professeur : développer la coopération entre les salariés. "L'organisation actuelle du travail a tendance à individualiser les salariés. Les travailleurs n'ont plus la possibilité de s'entraider. Si un salarié a mal, il faudrait que son collègue puisse prendre une partie de sa charge de travail pendant une journée par exemple. Les manutentionnaires devraient avoir la possibilité de se mettre à plusieurs pour soulever les charges les plus lourdes. Ce serait une manière de restaurer la confiance entre les travailleurs et l'entreprise."

Yves Roquelaure rappelle enfin qu'il est nécessaire d'adapter les postes de travail en fonction de la morphologie des travailleurs, et notamment des femmes. "Il suffirait par exemple de baisser la hauteur des plans de travail qui sont souvent adaptés aux hommes. Il faudrait également leur fournir des outils plus petits, adaptés à la taille de leur main. Dans les magasins de bricolage, essayez donc de trouver des outils adaptés aux femmes gauchères !".

Philippe Rémond