Travailler au-delà de 62 ans ?

Va-t-on vers un recul de l’âge de la retraite ? A cette question, la ministre des Affaires sociales a juste déclaré que "le temps des décisions n’est pas encore venu", indique Libération (page VIII). Une piste paraît néanmoins incontournable : l’allongement de la durée de cotisation, estiment Les Echos (page 4). Cette idée fait d’ailleurs son chemin dans la majorité. Dans un entretien publié dans Le Parisien/Aujourd’hui (page 4), Pascal Terrasse, secrétaire national chargé de la protection sociale, ancien membre du Conseil d’orientation des retraites (Cor), juge que "travailler au-delà de 62 ans est inévitable".

La commission pour l’avenir des retraites, installée hier par le Premier ministre, sera, quant à elle, chargée d’"identifier les différentes pistes de réforme permettant d’assurer l’équilibre des régimes de retraite à court, moyen et long terme et d’en renforcer la justice, l’équité et la lisibilité pour les assurés", selon la lettre de mission adressée à sa présidente, la conseillère d’Etat Yannick Moreau (Les Echos).

Dans ce courrier, le chef du gouvernement rappelle que le besoin de financement du système des retraites s’élèvera à 22 milliards d’euros en 2020. Les conclusions de la commission, qui compte dix membres, devront être remises en juin prochain à Matignon. La ministre des Affaires sociales conduira ensuite la concertation avec les partenaires sociaux.

Selon Pascal Terrasse, la réforme de François Fillon de 2010 "se solde par un échec", car "nos caisses sont vides et le financement des retraites est en danger". "Il faut trouver rapidement 3 milliards d’euros", estime-t-il. Qui va payer ? "Tout le monde ! Un tiers pour les retraités, un tiers pour les salariés et un tiers pour les employeurs", tels sont les dosages du cocktail préparé par l’ancien membre du Cor. Pascal Terrasse propose deux pistes de réforme. La première consisterait à désindexer les pensions de l’inflation, sans pour autant les geler. Seules les retraites d’un montant supérieur à 1 500 euros par mois seraient concernées par cette mesure, qui pourrait rapporter 1,5 milliard d’euros par an.

La seconde piste est plus classique : une augmentation des cotisations "limitée" pour les salariés et "plus importante" pour les entreprises. "Si travailler au-delà de 62 ans est inévitable, il faudra tenir compte de plusieurs paramètres, dont la pénibilité et l’équité entre hommes et femmes", admet Pascal Terrasse.

Clause de désignation : ce que propose le Gema
Le Groupement des entreprises mutuelles d’assurances (Gema) s’inquiète des différents projets du gouvernement touchant à l’assurance, comme l’ont souligné hier, lors d’une conférence de presse, son président, Gérard Andreck, et son secrétaire général, Jean-Luc de Boissieu, rapportent Les Echos (page 31). Le Gema craint notamment la généralisation prochaine des contrats collectifs santé en entreprise, alors que les mutuelles du Gema se sont développées vers la clientèle individuelle. "Un marché qui va sérieusement pâtir de cette réforme", souligne le quotidien économique. Concernant les clauses de désignation et les accords de branches, le Gema suggère de "systématiser une clause de mise en concurrence à périodicité régulière".

Dans le secteur de l’assurance-vie, ce groupement se déclare étonné par "la volatilité des priorités des gouvernements successifs". "Un jour, on nous parle des entreprises, le lendemain des infrastructures, puis du logement, comme si les assureurs pouvaient développer une stratégie financière avec des priorités qui changent quasiment chaque année !"

Autre sujet sensible pour les mutuelles d’assurances : le gouvernement pourrait déposer prochainement un projet de loi autorisant la résiliation des contrats d’assurance à tout moment et non plus à échéance du contrat, comme c’est le cas aujourd’hui.

John Sutton