Transfert de charges vers les complémentaires : la tentation de Roselyne Bachelot

Les vieilles recettes ont la vie dure ! Invitée hier du grand jury RTL-Le Figaro-LCI, la ministre de la Santé envisage la possibilité de transférer aux complémentaires certaines dépenses de santé. "La question est posée, a-t-elle déclaré, d’autant (...) que dans les quatre ans qui viennent de s’écouler la marge bénéficiaire de ces organismes complémentaires est passée de 12% à 23%", a affirmé Roselyne Bachelot, citée dans Les Echos (page 4), confondant tout à la fois les mutuelles et les assureurs commerciaux ainsi que les bénéfices et les excédents. Comme l’a d’ailleurs rappelé le président de la Mutualité française, ce matin dans le journal de RTL de 7h00, "les mutuelles redistribuent tout ce qu’elles encaissent. Elles ne font pas des bénéfices". Interrogé également sur RMC, Jean-Pierre Davant juge "détestable cette façon d’engager le débat" sur le financement de l’assurance maladie. "Il faut réfléchir globalement aux problèmes", poursuit-il.

Si la ministre de la Santé ne précise pas quelles dépenses pourraient être transférées, l’optique et le dentaire sont des secteurs évoqués. Pour Le Figaro (page 3), la prise en charge des soins optiques ne soulagerait l’assurance maladie "que de 230 millions". Sur RMC, le président de la Mutualité française estime qu’il "serait dommageable de sortir l’optique du champ médical car la consultation chez un ophtalmologue permet parfois de déceler des maladies graves".

Pour l’heure, Roselyne Bachelot pose des conditions à ces transferts. En premier, "que les complémentaires soient davantage mises en concurrence pour éviter une envolée des prix", relève Le Figaro. Il faut également "qu’elles fassent la preuve qu’elles ont une valeur ajoutée" par rapport au régime général, a poursuivi la ministre (Les Echos). Dernière condition : que "tous les Français aient accès à une couverture complémentaire". Actuellement, rappelle Le Figaro, "8% de la population ne bénéficient pas ni d’une complémentaire, ni de la CMU".

Dans son objectif de réduire de 3 milliards d’euros les dépenses de l’assurance maladie en 2009, Roselyne Bachelot plaide aussi pour durcir l’entrée dans le dispositif des affections de longue durée (ALD), "qui peut donner lieu à un certain laxisme". En revanche, elle a rejeté "l’hypothèse d’une baisse des remboursements des ALD, prises en charge à 100%", indique Le Parisien/Aujourd’hui (page 11). Des premières annonces seront faites en juillet, rappellent Les Echos, "pour une mise en oeuvre dans le budget 2009 de la Sécurité sociale".

Le "couac" de la carte famille nombreuse
"Machine arrière toute !", constatent de concert L’Humanité (page 9) et La Croix (page 10) au sujet de la carte famille nombreuse qu’envisageait de supprimer le gouvernement. "Face au tollé" provoqué par les associations familiales, Nicolas Sarkozy est en effet revenu vendredi sur la décision de mettre fin à son financement. Comme le rappelle La Tribune (page 29), le Premier ministre, François Fillon, avait estimé que "la SNCF devait financer sa propre politique familiale". Aujourd’hui, l’Etat s’engage à continuer à verser la somme forfaitaire de 70 millions d’euros dévolus à cette carte. Cependant, cette dépense lui sera désormais remboursée par l’entreprise ferroviaire "tant que celle-ci restera bénéficiaire".

Cette marche arrière aura donné "du grain à moudre à la grogne parlementaire", constate La Croix. D’ailleurs, précise le député UMP de Paris, Claude Goasguen, dans Le Journal du dimanche, "si l’Assemblée avait été consultée sur les mesures d’économie, les députés auraient pu signaler que celle sur la carte famille nombreuse allait déclencher des controverses". Pour Libération (page 12), avec cette polémique, un message est au moins passé : "Protestez, le gouvernement sait reculer."

Frédéric Lavignette