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Symptômes en chaîne pour le « Guide du médicament »

Paradoxalement, malgré son succès en librairie, le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles et dangereux des professeurs Bernard Debré et Philippe Even est vite devenu impopulaire. Sorti aux éditions du Cherche-Midi il y a quelques semaines, cet ouvrage propose une quarantaine de notes de synthèse et d’anecdotes sur le traitement des grandes pathologies. Il s’est déjà vendu à 200 000 exemplaires, mais s’est également attiré bon nombre de critiques issues du milieu médical.

Certes, explique Le Monde (pages 8 et 9), ce livre "procède à une évaluation d’ensemble des médicaments […] et pose une foule de questions pertinentes". Toutefois, il "n’est pas exempt de reproches". Parsemé de quelques affirmations péremptoires, il assure, par exemple, que "l’effet principal de tous les médicaments, même ceux dont l’activité est scientifiquement démontrée, est un effet subjectif, dit placebo."

S’appuyant sur ces affirmations, certains patients en viennent même à contester les ordonnances de leur médecin, ou renoncent subitement à leur médicament après avoir lu une notice défavorable dans ce guide. Par exemple, raconte un médecin dans Le Monde, une de ses patientes de 35 ans "atteinte d’hypercholestérolémie familiale, d’origine génétique, vient d’arrêter son traitement, qui faisait baisser le taux de cholestérol, pour prendre du riz rouge, à cause de ce qui est écrit dans le livre sur les statines".

L’impact médiatique de cet ouvrage montre la soif de connaissances des Français vis-à-vis des médicaments. Il faut dire que depuis l’affaire du Mediator®, la notion du risque médicamenteux est désormais patente et le patient ne souhaite pas rester un simple sujet passif. Quitte à ce qu’il en vienne parfois à indiquer ce que son médecin doit lui prescrire.

A la revue "Prescrire", on considère l’éveil produit par ce livre comme "salutaire". Pour autant, le directeur de ce mensuel indépendant ne souhaite pas, pour l’heure, se prononcer "sur la qualité de son contenu».

D’autres réactions ont, en revanche, été plus immédiates. Une contre-offensive a ainsi été lancée "par une douzaine d’universitaires dont le diabétologue André Grimaldi, le professeur de thérapeutique Jean-François Bergmann, le pharmacologue François Chast, le cardiologue Daniel Thomas, le néphrologue Jean-Pierre Grünfeld et le professeur de santé publique François Bourdillon", énumère Le Monde,

Pour la fin de l’année, ces universitaires comptent publier à destination du grand public un document du genre "Indignez-vous", sur le thème du médicament. Selon François Chast, "l’ouvrage ne balaiera pas toute la pharmacopée, mais il abordera les classes de produits les plus contestés dans l’ouvrage d’Even et Debré, comme les statines". En parallèle, ils proposeront une réforme de l’autorisation de mise sur le marché des médicaments.

Par ailleurs, les académies de médecine et de pharmacie souhaitent faire entendre leur voix. Selon Le Monde, les deux instances viennent de créer "un groupe de travail commun sur le médicament dont les conclusions seront rendues publiques dans six mois".

De son côté, la Haute Autorité de santé (HAS) doit prochainement émettre des recommandations qui préciseront le rôle de chacun des acteurs : médecins, pharmaciens, paramédicaux, sociétés savantes, académies, instances publiques….

Enfin, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pilote actuellement "la création d’une base d’information sur les médicaments, à destination du public et des professionnels". Elle sera disponible fin mars 2013, indique le quotidien. L’objectif de cette banque, dont les données proviendront tout à la fois de l’ANSM, de la HAS et de l’assurance maladie, sera de disposer d’une base accessible et exhaustive.

Frédéric Lavignette