Sommet social : 2,6 milliards d’euros de mesures sociales et fiscales

"Sarkozy double la mise, les syndicats mobilisent", titre La Tribune à la "une", dans une formule rimée, qui résume bien la situation. Le président de la République a annoncé hier soir toute une série de mesures sociales et fiscales pour un montant de 2,6 milliards d'euros, à l'issue d'un sommet social, assombri par l'aggravation de la situation en Guadeloupe. Nicolas Sarkozy a évoqué brièvement la crise guadeloupéenne à la fin de son intervention télévisée, il y reviendra plus longuement aujourd'hui. "Saupoudrage de mesures sociales et rien sur la Guadeloupe", regrette Libération, qui titre sur "Un sommet sans relief".

"Je vous propose le seul chemin qui vaille, celui de l'effort, de la justice et du refus de la facilité", a déclaré le chef de l'Etat, longuement cité dans Le Figaro-économie (page 19). "Nous sortirons de la crise en modernisant la France, en misant tout sur l'investissement, la réforme, le travail, pas en embauchant davantage de fonctionnaires ou en rétablissant l'autorisation administrative de licenciement", a-t-il prévenu. Pas question non plus "d'augmenter massivement le Smic". Au-delà de sa "réponse sociale", le président a insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes, "pour sortir plus fort de la crise", souligne La Croix (page 5). "Il faut mener à leur terme la réforme de l'hôpital, celle des lycées, de la recherche et de la formation professionnelle", ainsi que celle "de l'Etat, qui est devenu trop lourd et trop coûteux", a insisté le chef de l'Etat.

Après ce verbatim du président, que retenir parmi la kyrielle de mesures annoncées ? Le titre des Echos souligne la "Baisse de l'impôt pour 6 millions de contribuables". Seraient ainsi dispensés du versement des 2e et 3e tiers provisionnels, les 2,1 millions de contribuables soumis à la première tranche d'imposition (5,5%) et les 2 millions de contribuables se situant juste en bas de la 2e tranche (14%). D'autre part, une prime exceptionnelle de 500 euros va être versée aux chômeurs ayant travaillé entre 2 et 4 mois. Cette mesure s'appliquera pendant un an, à partir du 1er avril, précisent Les Echos (page 2). Les entreprises et les branches seront encouragées à ouvrir des négociations avec l'Etat pour arriver à une indemnisation du chômage partiel égale à 75% du salaire brut (au lieu de 60% actuellement), note La Tribune (page 3). Une prime de 150 euros sera attribuée en juin aux 2,8 millions de familles qui perçoivent l'allocation de rentrée scolaire, indique Le Figaro-économie (page 18). Cette mesure sera financée par la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf). Enfin, des bons d'achat de 200 euros seront distribués pour l'aide à domicile, la garde d'enfants, le soutien scolaire ou le ménage. Versés au premier semestre 2009 aux personnes âgées et foyers qui ont un enfant handicapé, ils seront entièrement financés par l'Etat, pour un coût de 300 millions d'euros.

Mais pour les syndicats, le compte n'y est pas, notamment en l'absence de mesures en faveur des salaires. Ils confirment donc leur journée de mobilisation le 19 mars, souligne La Tribune (page 2). "Le 5 février, j'avais dit qu'avec la baisse de la taxe professionnelle, le Medef menait par 8 milliards à 0. Aujourd'hui, il mène par 8 milliards à 2,6", a ironisé Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à sa sortie de l'Elysée. Même la CFDT, qui a pourtant obtenu la création de son Fonds d'investissement social, chargé de coordonner les efforts en matière d'emploi, n'est pas convaincue, observe La Tribune. Les syndicats souhaitaient que la politique de relance par l'investissement soit complétée par un fort soutien à la consommation, avec des revalorisations du pouvoir d'achat. Ils n'ont pas été exaucés. Le patronat refuse de mettre la main au pot, au motif que les entreprises, notamment petites, sont aussi victimes de la crise.

Sceptiques sur les résultats du sommet social, les éditorialistes le sont aussi, à l'exception notable de Gaëtan de Capèle, du Figaro (page 15), qui salut "un plan raisonnable". "Alors que, partout dans le monde, chacun cherche la meilleure formule, le cocktail français a le mérite d'être cohérent et raisonnable", juge-t-il. L'éditorialiste de Libération (page 2), Didier Pourquery, estime au contraire que "ça patine à l'Elysée". "Pas question de se laisser distraire par l'incendie guadeloupéen. Il fallait d'abord vendre aux Français son mini-plan de relance bis", commence-t-il, avant de porter l'estocade : "Tout en présentant un catalogue très technique de mesures déjà annoncées, le président de la République a montré qu'il campe sur ses positions : investissement, réforme et travail."

John Sutton