Soins dentaires : échec des négociations

L'assurance maladie, les syndicats de dentistes et les complémentaires santé se sont quittés hier soir sans parvenir à un accord, rapportent Les Echos (page 5). Cette réunion, pourtant présentée comme la dernière, sera finalement suivie de deux nouvelles rencontres, aujourd'hui et demain. Les partenaires se sont entendus sur certains points, comme la revalorisation de la consultation à 23 euros (contre 21 euros actuellement) ou les mesures incitatives à l'installation des dentistes en zones sous dotées, qui devraient faire l'objet d'un avenant à la convention des dentistes de 2006.

En revanche, ils n'ont pas avancé sur l'enjeu principal : la revalorisation des soins conservateurs (détartrage, plombage, dévitalisation…) et le plafonnement du tarif des prothèses. "Les frais dentaires, le coût des prothèses notamment, devraient rester prohibitifs pour de nombreux assurés, au moins dans l'immédiat", pronostiquent Les Echos. La proportion des honoraires des dentistes non prise en charge par la Sécu a dé­passé celle correspondant aux frais remboursés et l'écart se creuse, souligne le quotidien économique. Si les soins conservateurs sont bien pris en charge, ce n'est pas le cas des prothèses ni de l'orthodontie, où les dépassements tarifaires représentent 70 % de la facture. Les dentistes se rattrapent sur ces soins, dont les tarifs ont fortement augmenté, pour compenser des soins conservateurs qu'ils jugent trop bas.

Face à l'ampleur du problème, la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a proposé d'instaurer un "tarif social dentaire" pour les personnes éligibles à l'aide à l'acquisition d'une complémen­taire santé (ACS). Pour cela, elle demande un effort aux complémentaires afin que ces dernières prennent davantage en charge les soins, et aux dentistes pour qu'ils baissent leurs tarifs.

"Nous sommes évidemment prêts à faire des efforts pour améliorer l'accès aux soins, mais uniquement dans une logique globale", répond Etienne Caniard, déplorant le "désengagement de l'assurance maladie de plus en plus marqué, notamment sur les prothèses". D'autant, fait valoir le président de la Mutualité Française, que les dentistes réalisent un tiers de leur activité avec les prothèses dentaires, qui représentent deux-tiers de leurs revenus. "Les deux-tiers restant sont des soins conservateurs et représentent un tiers de leurs revenus." "Le gros risque, craint Etienne Caniard, c'est d'accentuer cette segmentation au profit des prothèses et au détriment des soins conservateurs et de la prévention."

Sous le titre "Dents en or", le coût des soins dentaires était également le sujet de l'émission "Service public", hier matin sur France Inter. Pour en débattre, Guillaume Erner avait invité Jean-Martin Cohen Solal, directeur général de la Mutualité Française, Roland L'Herron, président de la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD), et Caroline Bournay, fondatrice de l'agence Smile partner, qui organise des séjours de tourisme dentaire à Budapest (Hongrie). Jean-Martin Cohen Solal a rappelé le poids de la Mutualité dans la prise en charge des soins dentaires : 38 %, contre 32 % pour l'assurance maladie, le reste étant à la charge des ménages.

Roland L'Herron a, pour sa part, re­gretté que "les soins conservateurs en France" soient "beaucoup moins élevés que dans le reste de l'Europe". Mais les dentistes se rattrapent largement sur les prothèses, a démontré le directeur général de la Mutualité : "Une prothèse facturée 600 euros au patient a été achetée 100 euros par le dentiste, donc, il fait une grosse marge…" "Il y a un pro­blème de fond, qui est celui de l'accès aux soins. Et particulièrement pour les soins dentaires : 15 % des Français renoncent globalement à des soins et un cinquième à des soins dentaires, pour des raisons financières, a insisté Jean-Martin Cohen Solal. Il y a aussi trop de refus de soins pour les patients bénéficiaires de la CMU."

Trop de dentistes demandent à leurs patients s'ils ont une mutuelle avant de fixer leurs tarifs. "Ca n'est pas normal ! On doit modérer les tarifs pour faciliter l'accès aux soins dentaires", a réagi le directeur général de la Mutualité, rappelant qu'il existe en France "440 centres dentaires mutualistes, qui pratiquent des soins de qualité à des tarifs raisonnables".

Cancer de la prostate : la HAS conteste le dépistage
"L'intérêt de dépister le cancer de la prostate par dosage du PSA (antigène spécifique prostatique) n'est pas démontré, y compris chez les hommes qui présentent des facteurs de risque", estime la Haute Autorité de santé (HAS) dans un rapport d'orientation publié ce matin, indique Le Figaro (page 11). La HAS base ses conclusions sur le fait qu'il est difficile de définir les populations considérées comme "à haut risque", et aussi d'établir une "balance bénéfices/risques".

Le taux de PSA restait-il un bon indicateur pour les populations dites à risque, interroge Libération (page 14). Le rapport de la HAS répond, là encore, par la négative. "Statistiquement, la HAS a raison", reconnaît, dans Le Figaro, le Pr Clément Claude Abbou, chef du service d'urologie au CHU Henri-Mondor à Créteil (Val-de-Marne). "Moi qui ai connu l'ère pré-PSA, avec un service plein de patients alités avec des métastases et des douleurs incroyables, je n'ai pas envie d'y revenir", ajoute-t-il toutefois. "C'est vrai que l'on a tout intérêt à diagnostiquer à une phase précoce le cancer de la prostate, mais il y a des formes à évolution relativement lente, et dans ce cas, il n'y a pas d'intérêt à traiter", insiste le Pr Jean-Luc Harousseau, président de la HAS. Difficile, sinon impossible, en pratique de distinguer à coup sûr un cancer à évolution lente d'un cancer plus "méchant", conclut Damien Mascret, du Figaro.
John Sutton