Sécurité sociale : 5 milliards d’économies dès 2009

La Sécurité sociale ne sera pas épargnée par le plan de rigueur appliqué aux dépenses publiques, annoncé vendredi par le président de la République. Eric Woerth, ministre du Budget, a indiqué hier au micro d’Europe1 qu’il attendait de la Sécurité sociale "un effort de l’ordre de 5 milliards d’euros". Il confirmait ainsi ses déclarations de la veille au Journal du dimanche (page 15), selon lesquelles il "souhaitait" parvenir à 5 milliards d’économies pour la Sécurité sociale, en plus des 7 milliards d’économies prévus pour le budget général. "L’assurance maladie est en déficit d’à peu près 6 milliards d’euros, ce n’est pas acceptable que votre grippe ou votre bronchite du jour soit payée par vos enfants", a affirmé hier le ministre, souligne L’Humanité (page 8). Eric Woerth présentera au président de la République, "avec le Premier ministre et la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, un plan de financement de la Sécurité sociale d’ici à 2009". Ce plan "impliquera des économies portant sur le médicament, des économies de gestion de l’ensemble du système" et une réforme "sur la manière de rembourser un certain nombre de soins", a déclaré le ministre, dont les propos sont repris dans Libération (page 16).

L’essentiel de l’effort devrait porter sur l’assurance maladie, souligne La Tribune (page 27). La première piste d’économies résidera dans un nouvel équilibre à trouver entre le régime obligatoire et les complémentaires santé. "Aucune décision n’est arrêtée. On pourrait transférer par blocs ce qui doit être pris en charge par les complémentaires, par exemple en décidant que l’assurance maladie de base ne rembourse plus les dépenses d’optique", explique-t-on au ministère du Budget. Autre piste évoquée par cette source anonyme à La Tribune : "On pourrait imaginer que les affections de longue durée (ALD), qui aujourd’hui sont prises en charge à 100% par l’assurance maladie, soient à l’avenir remboursées en partie par les complémentaires santé." Jamais à court de vieilles recettes en matière de transfert de charges vers les mutuelles, le gouvernement étudierait également le déremboursement de médicaments. Les produits classés en vignette bleue pourraient ainsi être remboursés à 35% lorsqu’ils sont prescrits aux patients en ALD contre 100% actuellement…

L’assurance maladie devra également promouvoir la rémunération des médecins au forfait et accentuer fortement les efforts de maîtrise médicalisée. Le ministère du Budget souhaite aussi demander des efforts à l’hôpital, alors que la remise du rapport du sénateur UMP des Yvelines Gérard Larcher est attendue jeudi. Outre la branche maladie, le gouvernement est également préoccupé par la situation de l’assurance-vieillesse, pour laquelle les négociations ont débuté la semaine dernière. Libération observe que les annonces faites depuis vendredi par le gouvernement sur les retraites et la "Sécu" agacent déjà les syndicats. "La meilleure façon de réussir une réforme, c’est d’impliquer les acteurs eux-mêmes", a lancé hier François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, sur Radio classique.

Hôpital : rassurer les élus locaux
A trois jours de la remise du rapport Larcher sur la carte hospitalière, le Premier ministre a tenu à rassurer les élus ruraux sur d’éventuelles fermetures d’établissements. "Si des services hospitaliers devaient être fermés pour des raisons liées à l’évolution technologique, à l’évolution scientifique de notre médecine, il serait indispensable d’évaluer et de maîtriser au plus juste l’impact de leur disparition", a déclaré François Fillon lors d’un déplacement dans l’Aube. En clair, résume Le Figaro (page 11), la réforme hospitalière ne se fera pas "à grands coups de hache", comme ce fut le cas pour celle des tribunaux. Par ailleurs, le Premier ministre a promis de redoubler les dispositifs d’incitation financière à l’installation des médecins dans les zones rurales. Il a aussi rappelé que la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008 "maintient les possibilités d’ouverture de pharmacies en zone rurale". La fermeture de certains services hospitaliers répond à des exigences économiques, mais aussi sanitaires, rappelle Le Figaro. Le Pr Guy Vallancien, chef du département d’urologie et de néphrologie à l’Institut mutualiste Montsouris (Paris), auteur d’un rapport sur le sujet, en est convaincu : "Une enquête en France a montré à propos de l’ablation de la prostate pour un cancer que le risque de décès péri-opératoire est multiplié par 3,5 lorsque le chirurgien fait moins de 50 ablations par an par rapport au chirurgien qui en réalise plus de 100 par an."

John Sutton