Sécu : des pistes pour économiser 10 à 15 milliards d’ici 2015

L'Inspection générale des finances (IGF) et celle des affaires sociales (Igas) ont remis hier au ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, et au ministre de la Santé , Marisol Touraine, leurs propositions pour maîtriser les dépenses d'assurance maladie d'ici à 2017. Elles estiment notamment qu'il faut réaliser de 2 à 2,8 milliards d'euros d'économies par an (10 à 15 milliards d'ici à 2015) afin de limiter la hausse des dépenses à 2,5% annuellement, écrivent Les Echos (page 4).

Pour cela, indique Le Parisien/Au­jourd'hui (page 8), plusieurs pistes sont avancées. Elles ont "de quoi inquiéter quelques secteurs" ou les patients eux-mêmes. Par exemple, rapporte le quotidien, les usagers ne seraient plus remboursés hors du parcours de soins. Les médecins libéraux seraient, pour leur part, soumis à des "objectifs individuels de prescription" concernant les médicaments, les arrêts maladie, les analyses, etc. Ces objectifs, qui pourraient rapporter 1,5 milliard d'euros d'ici à 2017, seraient fixés "en volume et en valeur" avec l'assurance-maladie. Quant aux médecins hospitaliers, poursuivent Les Echos, ils "devraient être responsabilisés : les hôpitaux paieraient un ticket modérateur sur les médicaments les plus onéreux, afin de sensibiliser les praticiens".

Par ailleurs, l'IGF et l'Igas préconisent une réduction de 10% du nombre des pharmacies. Pour leur part, les laboratoires pharmaceutiques seraient appelés à réduire le prix des médicaments, particulièrement les génériques, et les radiologues et les laboratoires de biologie devraient, quant à eux, baisser leurs coûts de 200 millions, au même titre que les ambulanciers.

Les hôpitaux pourraient également réduire de 1,5% leurs effectifs. En s'appuyant sur le non-remplacement d'une partie des départs en retraite, les établissements parviendraient à économiser 500 à 650 millions d'euros pour 12.000 suppressions de postes.

"La prise en charge à 100% des soins relevant des affections de longue durée (cancers, diabète, etc.) pèse 100 milliards d'euros sur les 167 milliards d'assurance maladie", rappellent Les Echos. Dès lors, sans évoquer l'idée de franchises, le rapport préconise "une médecine plus proactive dans laquelle le médecin doit s'assurer que les patients respectent un plan de soins".

Pour Le Parisien/Aujourd'hui, ces propositions ont été prises "avec des pincettes par Jérôme Cahuzac et Marisol Touraine". Comme l'indique également La Croix (page 5), les deux ministres ont écarté toute idée de "déremboursement ou d'accroissement des franchises médicales" qui "porteraient atteinte au ni­veau de protection des assurés sociaux". Pour Les Echos, au contraire, c'est avec "intérêt" que l'exécutif a accueilli ces recommandations.

Le plan de la Cnam
Hier, dans un rapport de 120 pages, la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a présenté 35 propositions visant à tenir l'objectif d'évolution des dépenses d'assurance maladie l'an prochain. Selon Le Parisien/Aujourd'hui (page 8), ce document "devrait largement inspirer le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en cours de préparation".

La Cnam propose d'instaurer un "tarif social dentaire" destiné notamment aux bénéficiaires de l'aide l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS). Et pour l'optique, ajoute le quotidien, "le panier de soins pris en charge par la couverture maladie universelle" (CMU) pourrait être élargi.

La Sécu veut également "mettre de l'ordre dans les tarifs techniques de certains actes, comme la pose de prothèses, les interventions liées à certains cancers". Pour favoriser la qualité des soins, elle propose d'"augmenter le nombre minimal annuel d'interventions donnant droit d'opérer", ce qui induit la fermeture "des unités ayant une faible activité". En revanche, dans le but de réduire les coûts, elle envisage que certaines opérations soient effectuées en cabinet médical, moins coûteux que l'hôpital.

En vue de diminuer de 400 millions d'euros la facture des médicaments, la Cnam propose une diminution des prix des génériques de façon à rejoindre la moyenne européenne. Elle appelle aussi à baisser les tarifs des dispositifs médicaux. Enfin, relève Le Parisien/Au­jour­d'hui, l'assurance maladie mise sur la prévention et le dépistage pour réduire les coûts.
Frédéric Lavignette