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Secteur optionnel et taxe sur les contrats responsables : les mutuelles se rebellent

Sous le titre à la "une" de Libération d’hier qui consacre quatre pages au "coup de sang des mutuelles", on pouvait lire : "Le secteur est entré en guerre contre le gouvernement, qui, en surtaxant les contrats, menace le système de protection sociale." "Ce n’est pas un mouvement d’humeur, et cela ne s’arrêtera pas avec les échéances électorales, précise Etienne Caniard, le président de la Mutualité Française. Il y a eu une série d’événements et d’attitudes du gouvernement, qui nous ont gravement inquiétés. La volonté d’imposer le secteur optionnel et puis surtout la taxe sur les mutuelles. Tout cela indique que les pouvoirs publics n’ont pas compris et ne veulent pas comprendre."

"Dans le monde de la santé, Etienne Caniard est une personnalité très respectée. […], écrit Eric Favereau dans Libération (page 2). L’homme est rigoureux, honnête. Avec un objectif qu’il martèle : diminuer les inégalités de santé qui rongent notre système."

"Les mesures prises sont totalement inadaptées, juge Etienne Caniard. Nous ne sommes plus dans un système où les complémentaires améliorent la situation des assurés à la marge, comme un luxe. Mais dans un système où nous sommes appelés à le financer de plus en plus." Pour preuve, le président de la Mutualité Française cite quelques chiffres : "Aujourd’hui, seulement 4% des dépenses d’optique sont remboursées par l’assurance maladie, à peine 40% des prothèses dentaires. En tout, c’est entre 49 et 55% des soins courants qui sont remboursés par l’assurance maladie." Les pouvoirs publics se contentent de prendre les mutuelles pour "une vache à lait".

"C’est pour cela que le conflit est rude. Notre système de santé est à bout de souffle", indique Etienne Caniard, qui ajoute : "Les inégalités de soins explosent. Cela ne peut plus durer : il faut sortir d’une simple affirmation de l’égalité des droits pour aller à une égalité des faits. Au­jourd’hui la pérennité de l’assurance maladie n’apparaît plus assurée."

Vu la gravité de la situation, la Mutualité s’est lancée dans une forte offensive, constate Libération (page 4), d’abord avec une campagne de presse sur le thème de "la santé nous appartient", mais aussi avec le lancement d’une pétition contre la taxe sur les mutuelles, que l’on peut notamment signer en ligne sur son site www.mutualite.fr.

"On ne va pas désarmer, poursuit le président de la Mutualité. Quand on voit le débat récent sur les indemnités journalières, il faut arrêter de raisonner au coup par coup. On ne peut pas tout faire porter sur les populations les plus précaires." Le mouvement mutualiste s’apprête à présent à des réunions interrégionales pour porter ces sujets dans le débat à la veille des échéances électorales de 2012. "Il faut mettre un terme à la spirale de l’endettement, plaide Etienne Caniard. Il faut refondre notre protection sociale !" Avec comme objectif que tout le monde ait accès à une complémentaire santé. "C’est un droit pour tous !"

Le président de la Mutualité défend la même idée dans le mensuel L’Expansion de novembre (page 89) : "On voit que les complémentaires sont indispensables, même pour l’accès aux soins courants. Dès lors, il faudrait clarifier leur place dans le système, et, pourquoi pas, définir un droit à la complémentaire santé."

Libération publie également (page 4) un entretien avec Jean de Kervasdoué, titulaire de la chaire d’économie et de gestion des services de santé du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Pour cet économiste, le gouvernement veut "faire croire qu’il tient ses promesses fiscales en prétendant ne pas créer ouvertement de nouveaux impôts". "Alors, il chasse là où il peut comme il peut, toutes les sources de fiscalité indirecte", ajoute Jean de Kervasdoué qui se dit par "frappé par l’absence de vision, de stratégie" quand on regarde le PLFSS.

Par ailleurs, syndicats et associations étudiantes craignent que la hausse de cotisation des mutuelles ne vienne encore aggraver l’accès aux soins, qui s’est dégradé ces dernières années, rapporte La Tribune (page 4). "La santé est devenue un luxe pour les étudiants", constate Philippe Loup, président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), qui rappelle que leurs cotisations sociales ont bondi de 18,6% entre 2001 et 2011, tandis que sur la même période, les dépenses sociales en leur faveur n’auraient progressé que de 13,6%.

Médicaments : rente ou innovation ?
L’assurance maladie estime que le classement des dix premiers médicaments remboursés illustre le poids croissant des médicaments de spécialité, utilisés dans le cadre de pathologies lourdes et graves, souligne L’Humanité (pages 1 à 3). En effet, quatre d’entre eux y figurent, alors qu’ils en étaient absents en 2004.

De plus en plus, relève ce quotidien, les prescriptions se déportent vers des traitements récents et plus coûteux, comme le montre l’analyse des dépenses de médicaments en 2010. Ainsi, les deux premiers médicaments remboursés, le Tahor® (anticholestérol) et l’Inexium® (antiulcéreux), continuent de gagner du terrain, "bien qu’ils ne présentent pas de bénéfices particuliers par rapport aux médicaments génériques disponibles".

Sous le titre "La Sécu, vache à lait des labos", L’Humanité s’interroge sur les raisons qui poussent les pouvoirs publics à décider de rembourser à 65% des médicaments qui n’apportent pas d’amélioration significative par rapport aux anciennes molécules et, surtout, sont plus chers que les génériques. A défaut de pouvoir commercialiser de nouveaux produits apportant un réel progrès thérapeutique, les laboratoires "recyclent d’anciennes substances, sous forme d’associations à doses fixes ou sous de nouvelles voies d’administration". "On est dans une logique où la rente l’emporte sur l’innovation", estime L’Humanité.
John Sutton