Santé : quand se soigner devient un luxe

Quand les budgets sont serrés et qu'on n'a pas de mutuelle, on hé­site à se rendre chez le dentiste, à changer de lunettes ou à consulter un spécialiste, y compris dans les classes moyen­nes, constate une enquête du Nouvel Observateur (pages 78 à 80). Dalila, mère de trois enfants, a dû renoncer à renouveler les lunettes de ses deux petites filles atteintes de strabisme. Elle a demandé à sa généraliste : "Par laquelle dois-je commencer ? Celle qui est en CE 2 ? Ou celle qui est en CP ?" Dans cette famille où la mère est au foyer et le père au chômage, il est hors de question d'adhérer à une mu­tuelle. Trop pauvres pour s'offrir une complémentaire santé, pas assez pour avoir accès à la CMU. Ils sont 4,5 millions dans ce cas.

"Au fur et à mesure des progrès de la médecine, le coût des soins explose, mais la Sécu, toujours soucieuse de combler son déficit, rembourse de moins en moins", souligne Jacqueline de Linares, auteure de l'enquête du Nouvel Observateur. Le poids des dépenses de santé dans le budget des familles a augmenté de 50% en huit ans, selon le cabinet Jalma.

"C'est la technique du salami", dé­nonce Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé à Sciences Po. On grignote la Sécu tranche par tranche. Pour lui, laisser une part croissante des soins de ville à la charge de l'assuré ou de sa mutuelle, c'est un changement de philosophie par rapport aux grands principes qui ont présidé à la création de la Sécurité sociale en 1945. "On sort de la solidarité pour entrer dans une logique d'assurance. C'est la privatisation partielle de l'assurance maladie", affirme Didier Tabuteau.

Faute d'accès à la médecine de ville, beaucoup de patients se rabattent sur les urgences pour ne pas avoir à avancer les frais. A l'Hôtel-Dieu à Paris, on constate dans ce service un afflux de personnes dans la précarité. "Désormais, nous voyons arriver des gens des classes moyennes", remarque le Dr Jacques Lebas, responsable d'une permanence d'accès aux soins à l'hôpital Saint-Antoine de Paris. "Quand on est fauché, poursuit Le Nouvel Observateur, on va aussi aux consultations des hôpitaux publics", où on ne règle que le ticket modérateur. Mais pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, il faut tout de même patienter 57 jours en moyenne.

La médecine de ville permet de se soigner plus rapidement, mais elle est plus onéreuse. Son coût commence à préoccuper les classes moyennes, constate l'hebdomadaire qui met en cause les dépassements d'honoraires. Leur montant a doublé en vingt ans, calcule Jacqueline de Linares, qui relève que le principe du "tact et mesure" a du plomb dans l'aile. Pas facile, dans les grandes villes, de trouver un spécialiste en secteur 1. "900 euros de dépassement pour opérer mon cancer de la prostate. Je ne m'y attendais pas !", témoigne Daniel, un professeur à la retraite.

Le Nouvel Observateur laisse le mot de la fin à Jean-Pierre Davant, qui remet en cause toute l'architecte du système. "Il serait temps de repenser le mode de rémunération des médecins et d'une manière générale toute l'organisation des soins, estime le président de la Mutualité Française. Au bout de soixante ans, elle n'est plus adaptée."

Médicaments en libre accès : écarts de prix importants
Une enquête de l'association Familles rurales montre que les prix des médicaments vendus sans ordonnance varient beaucoup d'une pharmacie à l'autre, allant parfois du simple au double, souligne Le Parisien/Aujourd'hui (page 6). L'Activir®, traitement de l'herpès, (de 2,99 € à 9,60 €), le Maalox®, utilisé contre les maux d'estomac (de 2,59 € à 6,20 €), ou le Nurofen®, un anti-inflammatoire (de 1,68 € à 4,60 €) font le grand écart. Familles rurales souligne que sur les treize produits relevés, deux seulement sont majoritairement en accès libre : le lait infantile et le sérum physiologique. Les autres sont encore, la plupart du temps, vendus derrière le comptoir, sous le contrôle du pharmacien. Mais ces derniers font valoir que l'installation d'un endroit réservé à la vente en libre-service n'est pas facile à mettre en place. Lorsque le produit est en libre accès, son prix est généralement plus bas, montre l'enquête. C'est le cas pour sept des onze médicaments retenus par l'association de consommateurs.

L'objectif du ministère de la Santé (décret du 1er juillet 2008) de favoriser l'automédication et faire baisser les prix serait donc atteint. Encore faudrait-il que tous les pharmaciens jouent le jeu, ce qui n'est pas toujours le cas, selon Le Parisien/Aujourd'hui. Pour aider les adhérents mutualistes à pratiquer l'automédication en toute sécurité et les informer sur les fourchettes de prix constatés dans les pharmacies, le service Priorité santé mutualiste de la Mutualité Française répond à leurs questions sur le médicament au 39 35.
John Sutton