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Santé : les échecs du quinquennat

"Ce quinquennat aura été une période d’accroissement des inégalités d’accès financier aux soins." Dans l’entretien qu’il ac­corde au Monde (pages 20 et 21), l’économiste Gérard de Pouvourville dresse un bilan en demi-teinte de l’action du gouvernement en matière de santé depuis 2007.

Selon ce titulaire de la chaire Essec-Santé, positif et négatif ont été au rendez-vous durant ce quinquennat. Si l’objectif national des dépenses d’assurance maladie a été respecté en 2010 – pour la première fois depuis 1997 – en revanche, l’exécutif n’a pas apporté de solutions à "deux problèmes majeurs" : les dépassements d’honoraires et l’accès aux soins dans des zones sous-médicalisées.

En matière de financement, le gouvernement n’a pas pris de mesures de fond, regrette cet économiste. "Il a utilisé toutes les recettes annexes possibles en taxant les mutuelles, en abaissant le prix des médicaments et les tarifs de certains praticiens comme les radiologues", remarque-t-il. Par ailleurs, "il a aussi joué sur le levier de la participation des assurés aux frais de santé (forfaits, franchises…), dans la perspective de décourager le recours aux soins, mais surtout de faire entrer quelques millions dans les caisses".

Pour lui, "la stabilité en moyenne du fameux “reste à charge“ cache de profondes inégalités d’accès financier aux soins", poursuit cet expert. "Les ménages au-dessus des seuils d’accès à une aide (CMU et CMU-C) ont forcément subi un impact, ce qui augmente le risque de renoncement aux soins notamment dentaires".

Dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2012, qu’examinent depuis hier les députés, une disposition met une nouvelle fois les malades à contribution. Elle vise à réformer le calcul des indemnités journalières (IJ), note La Croix (page 11). En cas de maladie, les salariés percevront moins d’IJ. Le gouvernement espère ainsi économiser 220 millions d’euros. Interrogé ce matin sur France Info, le président de la Mutualité Française a contesté cette disposition évoquant "le cumul de difficultés" dont souffrent les citoyens disposant de faibles revenus. Il faudrait que "ceux qui prennent ces décisions se mettent un instant à la place de ceux qui vivent avec de tels niveaux de revenus", a réagi Etienne Caniard. Cet entretien sera disponible dans la journée sur france-info.com.

D’ailleurs, cette mesure est fortement contestée par les députés jusque dans les rangs de la majorité, rapportent Les Echos (page 5). La ministre du Budget, Valérie Pécresse, "a laissé entendre qu’une alternative serait trouvée pour les victimes d’une longue maladie".

Lors de l’examen du PLFSS, poursuivent Les Echos, les députés se sont aussi divisés sur le congé parental qui pourrait être soumis à la CSG afin de dégager 140 millions d’euros. Cette mesure pourrait cependant être supprimée. Dans ce cas, "il faudra trouver des mesures de compensation, afin de ne pas aggraver les déficits", ajoute le journal économique.

Justement, en matière d’économie, le PLFSS préconise la mise en place d’"une procédure d’appels d’offres" pour la fixation du prix des génériques, signale La Tribune (page 8). Plus globalement, dans le domaine du médicament, Laure Lechertrier, responsable du département Politique des produits de santé à la FNMF a rappelé hier sur Sud Radio que la Mutualité Française appelait à une "réforme de la fixation des prix" des spécialités.

Enfin dans le cadre du PLFSS, un amendement du gouvernement prévoit de relever le plafond pour l’acquisition d’une aide à une complémentaire santé. Comme l’a fait remarquer Etienne Caniard sur France Info, "cette aide sera financée par les complémentaires elles-mêmes. On est dans une logique qui pourrait faire sourire, s’il ne s’agissait pas de l’accès aux soins. On rend les complémentaires de plus en plus chères et on les conduit à essayer d’être accessibles aux plus défavorisés, en finançant elles-mêmes cette aide !"
Frédéric Lavignette