Retraites : les pistes d’une nouvelle réforme

Il s'agit de l'"ultime diagnostic avant de rentrer dans le dur du sujet", prévient Libération (page 20). Le second et dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites (Cor), qui doit être remis aujourd'hui au Premier ministre et aux partenaires sociaux, annonce en quelque sorte la réforme des retraites à venir.

Déjà en décembre, rappelle le quotidien, le Cor avait rendu public un document consacré au déséquilibre financier de notre système des retraites. Celui que doivent maintenant examiner les syndicats "pointe la persistance et même l'accroissement d'une série d'inégalités", qui concernent en particulier les femmes et les bas salaires, poursuit L'Humanité (page 9).

Point positif, relève cependant ce quotidien, "le Cor tord le cou à l'idée d'une division entre générations". Selon ces experts, en effet, "les générations plus jeunes bénéficieraient d'une durée espérée de retraite plus longue mais avec un taux de prélèvement moyen plus élevé, alors que les générations plus anciennes ont bénéficié de prélèvements plus faibles, mais percevaient leur retraite pendant une durée en moyenne plus courte."

Afin de réduire les inégalités qui pénalisent "les bas salaires, les temps partiels et les polypensionnés", les cartes méritent d'être donc rebattues, note Le Pari­sien/Aujourd'hui (page 4). Pour cela, le Cor préconise par exemple de supprimer les plus mauvaises années dans le calcul du salaire de référence, en utilisant désormais l'intégralité des années de la carrière, et non plus les 25 meilleures années.

Le rapport envisage également de revoir la règle des 200 heures au Smic horaire pour valider un trimestre de cotisation au régime général, ce qui péna­lise les bas salaires et particulièrement les temps partiels. Le document recommande également "une meilleure prise en compte de l'incidence des enfants sur la carrière – et donc les retraites – des femmes", ajoute Le Parisien.

Le système de la surcote pourrait aussi être révisé, complète Libération, puisqu'aujourd'hui celui-ci ne se déclenche "qu'une fois dépassé l'âge légal de départ alors que certains ont commencé à travailler très tôt". Le montant des pensions pourrait constituer une autre piste : il pourrait être modulé selon l'âge de départ, ou selon la durée espérée de retraite.

Corriger toutes ces imperfections, "comme le jugent nécessaire le gouvernement et les syndicats", est très coûteux, observe Le Figaro. Une réalité que confirme l'ancienne présidente de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav), Danièle Karniewicz, chargée des questions de protection sociale à la CFE-CGC : "Ce n'est pas le moment de charger la barque en matière de solidarité, nous n'avons déjà pas les moyens de financer le système actuel."

Pour la CFDT au contraire, le nouveau rapport du Cor "confirme la nécessité d'une réforme des retraites de grande ampleur". Dans un communiqué dif­fusé hier, et que rapportent Les Echos (page 12), la centrale estime en effet que notre système peine désormais "à remplir certains de ses objectifs, notamment en matière de justice sociale".

Le gouvernement s'attaque à la pauvreté
Le Premier ministre a dévoilé hier les détails du plan gouvernemental contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale. Son but, rappelle L'Humanité (page 6) : mettre fin à "une décennie de fatalisme et de stigmatisation sur la pauvreté", et surtout, "changer le regard sur les 8,6 millions de personnes qui vivaient en 2010 avec moins de 964 euros par mois".

Pour ce faire, le plan entend "combler le gouffre du non-recours" aux droits existants, a expliqué Jean-Marc Ayrault. Plusieurs réformes seront ainsi lancées, indiquent Les Echos (page 12). "Outre le RSA qui sera relevé de 2% au 1er septembre, le plafond de ressources permettant de bénéficier de la CMU complémentaire (7.934 euros par an pour un célibataire aujourd'hui) sera augmenté de 7% à la même date".

Pour le plafond de l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS), qui concerne les personnes dont les ressources se situent jusqu'à 35% au-dessus du plafond de la CMU, une augmentation semblable est aussi prévue. A l'avenir, prévient le chef du gouvernement, près de 750.000 personnes supplémentaires pourront de la sorte être couvertes "par l'un ou l'autre des dispositifs CMU-C ou ACS".

En outre, poursuit L'Humanité, le plan comporte le lancement en septembre prochain d'une "garantie" jeunes, pour les 18-25 ans qui n'ont ni emploi, ni formation. "L'extension du RSA jeune a donc été écartée", déplore le quotidien. Par ailleurs, près de 8.000 places d'hébergement pour les sans-abri et les demandeurs d'asile seront créées, et de nouvelles aides pour l'accès au logement des ménages modestes seront mises en place. Ce plan est évalué entre 2 et 2,5 milliards d'euros par an. Pour le financer, le gouvernement, qui exclut de nouveaux prélèvements obligatoires, préfère redistribuer "essentiellement les moyens de différents ministères ou administrations".
Frédéric Lavignette