Rencontre santé sur la nutrition : « Reprendre goût à la cuisine »

Quels sont les effets de l'alimentation sur les maladies cardio-vasculaires ? Faut-il manger bio ? Peut-on bien manger bon marché ? Toutes ces questions ont été abordées lors d'un débat organisé le 2 décembre à Auxerre (Yonne), par la Mutualité Française de Bourgogne. Cette Rencontre santé se déroulait dans le cadre de Priorité santé mutualiste. Compte rendu.

Le cinéma Casino à Auxerre (Yonne) fait quasiment salle comble ce mercredi 2 décembre. Une centaine de participants vient assister à une projection-débat sur le thème de l'alimentation et la santé, organisée par la Mutualité Française de Bourgogne. Les Rencontres santé sont proposées par le service d'information, d'orientation et d'accompagnement des mutuelles, Priorité santé mutualiste.

Dans la salle, des habitants d'Auxerre et de sa région côtoient plusieurs classes d'élèves du lycée professionnel agricole Albert Schweitzer (Champs-sur-Yonne). Le programme de ce soir intéresse tout particulièrement ces jeunes spectateurs, car il traite des bénéfices de l'agriculture biologique sur la santé.

"Nos enfants nous accuseront"
La soirée commence par la projection du documentaire "Nos enfants nous accuseront" du réalisateur Jean-Paul Jaud. "Ce film raconte l'initiative de la municipalité de Barjac, dans le Gard, qui décide d'introduire le bio dans la cantine scolaire du village", explique en guise de hors d'œuvre, Franck Villeminot, responsable prévention de la Mutualité Française dans l'Yonne. Au fil des saisons, l'équipe de tournage suit la vie des écoliers pendant toute l'année scolaire. Les spectateurs assistent, amusés, à la découverte par les enfants des nouveaux menus et à leur implication dans la culture du potager de l'école.

Parallèlement à cette histoire, Jean-Paul Jaud dresse un constat accablant contre l'agriculture conventionnelle. S'appuyant sur des données scientifiques, il illustre par des témoignages poignants les liens entre culture intensive et différentes maladies liées à l'usage des engrais et autres pesticides : cancers, infertilité masculine, maladies neurodégénératives, malformation du fœtus. Ces maladies touchent en premier lieu les agriculteurs et leur famille, mais également les consommateurs.

Manger équilibré
Message reçu du côté de la salle, qui ne se fait pas prier pour lancer le débat, une fois les lumières revenues et les experts installés. "Si je mange bio, est-ce que je vais éviter les maladies cardio-vasculaires ?", demande d'emblée une dame au deuxième rang. "Vous pouvez manger bio et manger mal, lui répond André Lefebvre, directeur du service d'éco-développement agrobiologique et rural de Bourgogne. Tout est une question d'équilibre alimentaire."

"De nombreux facteurs influent sur les maladies cardio-vasculaires, confirme Solange Marcoux, diététicienne et nutritionniste. L'alimentation est un facteur sur lequel il est facile et possible d'agir. Au-delà des produits bio, il faut surtout veiller à la qualité nutritionnelle et au bon équilibre des repas." Pour cette nutritionniste, "les labels bios garantissent que les aliments ne sont pas contaminés par les produits chimiques. Mais ils peuvent se montrer tout aussi pauvres d'un point de vue nutritionnel que les autres produits. Il faut apprendre à lire les étiquettes."

Attention aux produits transformés
Cet avis est partagé par Marie Monnet, ingénieure à l'Ecole nationale supérieure de biologie appliquée à la nutrition et à l'alimentation : "Plus les produits sont transformés et plus leur qualité nutritionnelle baisse. Ils deviennent très pauvres en nutriments essentiels comme les minéraux ou les vitamines. Si l'on prend l'exemple du pain blanc, il se comporte dans le sang exactement comme un morceau de sucre et provoque le même pic glycémique. Non seulement le pain complet est plus riche en fibres et en minéraux, mais il limite en plus cette montée de la glycémie."

"C'est la même chose pour les plats cuisinés, poursuit Marie Monnet. On compense leur absence de goût par un tas d'additifs dont le sel et le sucre. Il faut reprendre l'habitude de cuisiner les produits de base."

Comparer les prix au kilo
"Mais les bons produits sont trop chers !", s'inquiète l'un des lycéens. "Pas forcément", répondent en chœur les trois experts. "Il suffit parfois de rééquilibrer son panier de course, propose Solange Marcoux, en achetant par exemple moins de soda et de biscuits."

"Essayez de regarder les prix au kilo des aliments que vous achetez, vous aurez des surprises, conclut Marie Monnet. Les industriels présentent souvent leurs produits dans des paquets de petite quantité. Si l'on ramène le prix des fruits et légumes et des plats préparés au kilo, les produits non transformés sont souvent plus intéressants."

A la fin du débat, les participants qui souhaitaient en savoir plus ont été invités à appeler Priorité santé mutualiste au 39 35 (prix d'un appel local). Ce service des mutuelles permet notamment d'obtenir des informations santé ou de s'inscrire à un programme personnalisé d'équilibre alimentaire.

Philippe Rémond