Réduction du déficit de la Sécu : tollé général après l’annonce du plan d’économies

Le plan d'économies concocté par le gouvernement pour réduire le déficit de l'assurance maladie, révélé hier par le quotidien Les Echos, a provoqué une levée de boucliers de la part des mutuelles, des associations et des syndicats de salariés et de médecins. "Les mutuelles ont été parmi les premières à réagir", remarquent Les Echos (page 4). La Mutualité Française n'a été "ni informée, ni associée", pas plus d'ailleurs que les autres familles d'organismes complémentaires, souligne le quotidien économique.

"Les mutuelles ne peuvent pas vivre à crédit, comme l'assurance maladie obligatoire, par conséquent elles seront obligées d'augmenter leurs tarifs de 8 à 10%. Ce sont les Français qui vont faire les frais de ces mesures", a dénoncé hier Jean-Pierre Davant, dans les journaux de 13 heures et de 20 heures de TF1. Egalement interrogé au journal de la mi-journée sur France 2, le président de la Mutualité Française a expliqué que "ces économies sont synonymes d'un surcoût de prise en charge pour les mutuelles, qui envisagent de les répercuter sur leurs tarifs". "C'est une situation extrêmement grave, parce que certains de nos concitoyens ne seront pas en situation de payer des cotisations d'un tel montant", a mis en garde Jean-Pierre Davant. Ce matin sur RMC, il a regretté que "notre système de santé (soit) mal géré". "Nous ne pouvons pas rester dans cette situation, qui transmet le déficit de génération en génération", a déploré le président de la Mutualité, également invité du Débat matinal de RTL.

La presse écrite consacre elle aussi une large place aux réactions de la Mutualité. Le Figaro-économie (page 22) interroge Jean-Pierre Davant sur ses propositions concrètes pour réformer notre système de santé. "Commençons par des choses simples ! Adaptons les conditionnements des médicaments à la durée du traitement. Instaurons un taux unique de remboursement des médicaments. Les niveaux actuels sont déresponsabilisants ; si un médicament est utile, il doit être bien remboursé, sinon il ne doit plus l'être, propose le président de la Mutualité. (...) Et surtout, n'esquivons pas à nouveau en 2012, le débat sur le financement de l'assurance maladie."

Jean-Martin Cohen Solal, directeur général de la Mutualité, est également cité dans la presse nationale. Dans Le Parisien/Au­jourd'hui (page 7), il considère que "ce plan n'est pas un plan d'économies, mais de transferts vers les mutuelles". Dans un long entretien à La Tribune (page 5), le DG de la Mutualité le qualifie de "rustine" : "Globalement, il faudrait réfléchir à réorganiser la médecine de ville, revoir la ma­nière dont nous prenons en charge les maladies chroniques […] et développer par exemple la chirurgie ambulatoire", explique le Dr Cohen Solal. "Ce plan, bâti dans une logique purement financière, risque de rendre encore plus difficile l'accès aux soins dans notre pays", juge-t-il dans La Croix. Argument qu'il développe également dans L'Humanité (page 3) : "Il faut réorganiser le système, le rendre plus accessible pour les classes moyennes et défavorisées. Il faut se battre contre ces mesures, en interpellant tous les députés et les sénateurs."

"La coupe est plus que pleine" aussi pour le président de l'Unocam, Fabrice Henry, qui estime, dans Les Echos (page 4), que "les mesures envisagées constituent un signal négatif pour les complémentaires et leurs adhérents".

On lira les mêmes réactions négatives de la part de nombreuses associations et syndicats dans L'Humanité (page 2). Pour la Fnath (accidentés de la vie), "cette nouvelle augmentation du reste à charge des dépenses de santé est grave". Force ouvrière estime que le projet du gouvernement revient à "sanctionner directement les patients". Ce plan est "une suite de mesurettes sans cohérence. Le gouvernement renonce à faire des économies structurelles", juge Claude Leicher, du syndicat MG-France, dans Les Echos. Pour Christian Saout, président du Ciss, "le gouvernement renoue avec son pire travers : faire payer les patients", rapporte Libération (page 16). Dans ce même quotidien (page 17), on lira avec intérêt les propos de Didier Tabuteau, spécialiste de la santé, qui note "qu'en chargeant de plus en plus les assurés et leurs mutuelles, le gouvernement accroît le caractère inégalitaire du système de santé".

Mais que dit le gouvernement sur les fuites parues dans la presse au sujet de son plan d'économies ? La ministre de la Santé s'est refusée hier à tout commentaire, tout en affirmant que les informations publiées dans Les Echos ne sont pour l'instant que "des pistes de travail", qui ne sont "absolument pas arbitrées", rapporte La Tribune (page 4).
John Sutton