Quatre personnes âgées décédées : soupçons sur un anticoagulant

Les familles de quatre personnes âgées, décédées alors qu'elles prenaient un médicament anticoagulant, le Pradaxa®, vont porter plainte contre son fabricant, le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim, et contre l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), qui en avait autorisé la vente. Ainsi, constate Le Figaro (page 10), la justice va devoir encore une fois se plonger "dans les méandres du rapport bénéfice/risque des médicaments".

Apparu en 2008, le Pradaxa® appartient à une nouvelle classe d'anticoagulants qui sont prescrits pour prévenir les accidents vasculaires cérébraux, en particulier après une intervention chirurgicale, ou chez les personnes souffrant de trouble du rythme cardiaque, expliquent Les Echos (page 18). Les anticoagulants "empêchent le sang de coaguler et permettent donc d'éviter la formation de caillots sanguins", explique La Croix (page 6). Toutefois, des risques d'hémorragie sont possibles.

Les anticoagulants de nouvelle classe ne comportent pas plus de facteurs de risque que les anticoagulants traditionnels, tel l'antivitamine K (AVK), remarquent Les Echos. "Sauf pour les personnes âgées", fait remarquer l'avocat des plaignants, Me Courtois. Selon lui, "on ne devrait pas leur donner du Pradaxa®" car les effets de la molécule "n'ont pas été étudiés chez les patients les plus fragiles". En outre, il n'existe pas d'antidote pour les anticoagulants de nouvelle classe en cas d'hémorragie, contrairement aux AVK.

C'est pour prévenir ce genre d'accidents qu'un courrier de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a été adressé en septembre à tous les médecins, "pour les inciter à redoubler de vigilance avec les nouveaux anticoagulants et à bien mesurer le risque hémorragique de chaque patient avant toute prescription", indique La Croix.

De son côté, la Haute Autorité de santé a fait savoir que les AVK restent les anticoagulants "de référence", d'autant que ceux de la nouvelle classe ne bénéficient "d'aucune amélioration du service médical rendu, ce qui ne les a pas empêchés d'obtenir des prix six fois supérieurs à ceux des AVK". A trois reprises, ajoute Le Parisien/Aujourd'hui (page 14), la HAS avait émis des réserves sur le Pradaxa®, soulignant le risque possible "d'hémorragies gastro-intestinales graves".

Entre 2008 et 2011, 260 accidents de ce type ont été constatés en Allemagne, d'où l'inscription par l'ANMS du Pradaxa® sur "la liste des médicaments sous surveillance renforcée". Compte tenu de tous ces "signaux de prudence", s'interroge Le Parisien/Aujourd'hui, l'ANSM devait-elle aller plus loin et carrément interdire ce produit ?

Un vaccin pris en grippe
Près de 10 millions de personnes sont invitées à se faire vacciner gratuitement contre la grippe à partir de demain, et jusqu'à la fin du mois de janvier. Depuis hier, une campagne de vaccination a été lancée par l'assurance maladie, laquelle n'a pas dissimulé son inquiétude sur le nouveau comportement des Français vis-à-vis de la vaccination.

Comme le rappellent Les Echos (page 6), l'objectif de vaccination des populations à risque (personnes âgées de plus de 65 ans, personnes obèses, femmes enceintes, diabétiques, professionnels de santé…) est fixé à 75%. Or on en est loin, car la couverture vaccinale tend à diminuer de 60% à 50%. Chez les 65-69 ans, le taux de vaccination n'a pas atteint les 39% et chez les plus de 70 ans, il est toujours en dessous des 59% !

Cette baisse s'explique par "une minimisation du risque de la grippe", indique l'assurance maladie, ainsi que par une "perte de confiance dans l'efficacité de la vaccination". Plusieurs sondages montrent en effet la défiance de la population pour les vaccins. Selon une enquête de BVA réalisée pour la Cnam, 21% de nos concitoyens considèrent qu'il est "plus dangereux de se faire vacciner que d'avoir la grippe". Plus précisément, 80% des personnes interrogées estiment que "le vaccin peut être mal toléré". En outre, 59% jugent qu'il peut présenter des risques pour la santé, et pour une personne sur deux, c'est le vaccin lui-même qui peut transmettre la grippe.

Une autre enquête, réalisée par l'Ifop, montre que "les vaccins antigrippaux sont considérés comme trop risqués par 23% des personnes interrogées", rapporte le quotidien économique. Un sentiment qui s'est largement accru depuis 2009 avec la pandémie de grippe A (H1N1). Pourtant, rappellent Les Echos, 800 cas graves de grippe ont été admis en service de réanimation l'an dernier, dont 153 ont abouti à un décès.

Frédéric Lavignette