Prothèses mammaires : le cynisme de l’ex-PDG de PIP

Jean-Claude Mas, l'ancien patron de la société Poly implant prothèse (PIP) refuse toujours de s'exprimer publiquement sur le scandale des prothèses mammaires nocives. Mais il a déjà été interrogé par les enquêteurs de la police judiciaire lors de l'enquête préliminaire ouverte par le parquet de Marseille, fin 2010 et le 13 octobre 2011, rappelait samedi Le Figaro (page 8), qui s'est procuré les procès-verbaux d'auditions. "Je savais que ce gel n'était pas homologué mais je l'ai sciemment fait, car le gel PIP était moins cher (…) et de bien meil­leure qualité", soutient Jean-Claude Mas.

Selon l'ex-PDG de PIP, visé par deux enquêtes judiciaires pour "tromperie aggravée" et "homicide involontaire", ses prothèses ne présentaient "aucun risque pour la santé", a-t-il affirmé aux enquêteurs. Les 2.400 plaignantes sont "des personnes fragiles ou qui font ça pour le fric", déclare-t-il avec un cynisme qui n'est pas sans rappeler l'attitude du PDG des laboratoires Servier. Des propos qui ont provoqué la colère d'Alexandra Blachère, présidente de la principale as­sociation de victimes, qui s'exprimait samedi dans Libération (page 9). "Ef­fectivement, certaines d'entre nous sont fragilisées physiquement, constate-t-elle. En revanche, il ne faudrait pas inverser les rôles. Le seul qui ait fait des choses pour le pognon, c'est lui. Pour du fric, pour 10 euros par prothèse, il a mis nos vies en danger."

Par ailleurs, la Ligue contre le cancer a annoncé vendredi la création d'un premier fonds d'urgence, doté d'un montant de 50.000 euros, pour aider les femmes victimes des prothèses PIP, indiquait Le Monde (page 11) de dimanche/lundi. Ce fonds vise à leur apporter un "soutien psychologique, social et matériel" ainsi qu'un "accompagnement juridique". La Ligue contre le cancer s'apprête par ailleurs à engager elle-même une action en justice. "On veut porter plainte pour avoir accès au dossier et pour s'assurer que les préjudices individuels et collectifs subis sont correctement indemnisés", a expliqué la Ligue.

De son côté, Xavier Bertrand a confié au directeur général de la Santé Jean-Yves Grall et au patron de l'Afssaps, le soin de lui remettre un rapport, "d'ici la fin du mois", pour faire "la clarté sur tous les dysfonctionnements" survenus dans l'affaire des prothèses mammaires PIP.

Hollande pour la suppression du quotient familial
Si François Hollande est élu, il souhaite remplacer le quotient familial par un crédit d'impôt pour chaque enfant, c'est-à-dire un chèque versé à tous, y compris aux non-imposables, rapportent Les Echos (page 5). "Aujourd'hui, un enfant de riche apporte une baisse d'impôt beaucoup plus importante qu'un enfant de pauvre. Est-ce normal ? Non !", es­time Michel Sapin, responsable du programme du candidat socialiste à la présidentielle.

De fait, le quotient familial ne donne aucun avantage à la moitié des ménages n'acquittant pas l'impôt sur le revenu, souligne le quotidien économique. Pour les autres ménages, l'intérêt est très variable : "Un enfant ”apporte” 269 eu­ros par an à un ménage gagnant deux fois le Smic, et près de dix fois plus (2.200 euros) à un ménage gagnant quinze fois le Smic", poursuit la journaliste.

La suppression du quotient familial rapporterait 10 milliards d'euros à l'Etat. En cas de victoire, le PS a déjà fait savoir qu'il consacrerait l'intégralité de ces recettes à la politique familiale, via le crédit d'impôt.

Coïncidence, la direction du Trésor vient de consacrer une étude aux conséquences d'une telle réforme. Dans l'hypothèse où l'Etat reverserait l'intégralité des gains aux ménages, le crédit d'impôt s'élèverait à 607 euros par enfant, estime le Trésor. Autre effet notable : "La moitié la plus riche de la population reverserait 3,5 milliards d'euros à la moitié la plus pauvre", expliquent Les Echos. la suppression du quotient familial "ferait près de 5 millions de gagnants (à hauteur de 829 euros par an en moyenne) et un peu moins de 4,5 millions de perdants (931 euros)". Pour près des deux tiers des ménages, la réforme ne changerait rien, conclut le quotidien, qui rappelle dans un encadré que le quotient familial est une quasi-exception française.
John Sutton