Prévenir pour moins guérir

Même si l’espérance de vie des Français à la naissance est l’une des plus élevées d’Europe, notre pays souffre encore d’un trop grand nombre de mortalités prématurées, signale La Tribune (pages 36 et 37). Beaucoup de concitoyens n’atteindront donc pas les 80,3 ans supposés en raison de "grands déterminants de santé auxquels la France a mis du temps à se confronter".

Pour la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, cette situation est "paradoxale" et montre que "nous devons faire des politiques de prévention une priorité". Celles-ci s’appliquent notamment à l’excès de consommation de tabac et d’alcool, aux déséquilibres nutritionnels, aux suicides et aux accidents de la route.

Certaines campagnes de prévention ont contribué à réduire cette mortalité "évitable", se félicite la ministre. En matière d’alcool, les campagnes lancées entre 1999 et 2006 ont permis de réduire la consommation de 10%, montre le rapport 2007 de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Mais une autre sensibilisation doit être engagée vis-à-vis des jeunes, en encadrant notamment la vente d’alcool, poursuit Roselyne Bachelot.

"Plus encore que l’alcool, souligne la journaliste Véronique Chocron, le tabagisme est responsable d’un nombre très élevé de cancers et reste la première cause de mortalité évitable." Les premiers signes des campagnes engagées entre 2000 et 2005 se font déjà sentir. La proportion de fumeurs âgés de 12 à 75 ans est passée de 33,1% à 29,9% durant cette période, soit une baisse de 10%.

En matière de prévention, la stratégie des pouvoirs publics ne consiste plus à "chercher à peser sur les comportements individuels, via des campagnes publicitaires incitant à boire moins ou à utiliser des préservatifs", constate la journaliste. Désormais, elle passe par la création d’"environnements sains". L’instauration de la loi interdisant de fumer dans les lieux publics en est la récente démonstration.

Selon la ministre de la Santé, "pour être efficace, la politique de prévention doit être ciblée". Elle doit notamment tenir compte des diversités régionales car les "problèmes ne sont pas les mêmes en Provence, en Bretagne ou dans le Nord !". Les agences régionales de santé (ARS) qui seront créées en 2009 permettront, entre autres, de développer cette prévention à caractère local, annonce-t-elle : "Je veux que dans ces ARS, les crédits consacrés à la prévention soient toujours sanctuarisés. En revanche, nous pourrons transformer des crédits du curatif vers le préventif si nécessaire."

Le VIH persiste en Guyane
Le Conseil national du sida (CNS) a rendu, hier, un rapport intitulé "L’épidémie d’infection du VIH en Guyane : un problème politique". D’après cette étude, indique La Croix (page 9), la Guyane est "en situation d’épidémie généralisée".

En effet, en 2005, elle comptait 49 cas de sida pour 100.000 habitants, soit 16 fois le taux constaté dans l’Hexagone. Actuellement, poursuit Le Figaro (page 12), près de 1.100 personnes sont d’ailleurs suivies dans les hôpitaux de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent.

D’après Le Monde (page 18), un autre constat inquiétant vient s’ajouter à ces chiffres : "Plus de 1% des femmes enceintes sont infectées par le VIH". Mais la situation n’est pas nouvelle. En 1996 et 2003, deux rapports avaient déjà tiré le signal d’alarme. Celui de 2003 s’alarmait d’une "épidémie active, incontrôlée face à laquelle aucune réponse structurée et adaptée n’était apportée". La région Caraïbe est la région du monde la plus infectée par le VIH après l’Afrique.

Frédéric Lavignette