Pourquoi les prix des médicaments ne baissent pas

Plusieurs facettes du secteur du médicament viennent d'être passées au crible par l'Autorité de la concurrence dans un document intitulé "Comment dynamiser la concurrence dans la distribution du médicament en ville". Mise en ligne hier, cette publication met l'accent sur l'existence de "pratiques douteuses" chez les industriels "pour freiner les génériques ou faire gonfler les prix", prévient L'Opinion (page 6).

"En mettant à plat les différentes étapes du circuit du médicament, qui va des industriels à l'officine, l'Autorité de la concurrence a pu mettre en lumière diverses manœuvres, auxquelles les acteurs sont susceptibles de recourir pour empêcher les prix de baisser", expliquent Les Echos (page 14).

Par exemple, sans parler des campagnes de "dénigrement" des génériques menées par les représentants des laboratoires auprès des médecins, les fabricants de princeps en viennent parfois à s'entendre avec des laboratoires de génériques pour qu'ils diffèrent l'arrivée de leurs produits sur le marché. C'est ce qu'on appelle le "pay-for-delay", en d'autres termes, le fabricant de génériques reçoit une rémunération pour sa coopération.

L'entente entre les deux fabricants consiste certaines fois à "gonfler artificiellement les coûts d'un même type de produits, pour obtenir un meilleur prix auprès des autorités de santé avec à la clef, quand l'heure sera venue, un générique plus cher lui aussi".
Une autre pratique concernant cette fois les laboratoires de génériques revient à déposer une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) sans revendiquer le statut de génériques. De la sorte, le prix du produit peut rester élevé, et la décote de 60% habituellement pratiquée sur le prix n'est pas appliquée automatiquement.

Les représentants de l'Autorité de la concurrence se sont ainsi demandé pourquoi le Doliprane® du laboratoire Sanofi était toujours le cinquième médicament le plus remboursé par l'assurance maladie, alors que son brevet est depuis longtemps tombé dans le domaine public. Même si plusieurs fabricants de génériques produisent eux aussi du paracétamol, "curieusement, aucun n'a demandé à classer son médicament comme générique du Doliprane®", explique L'Opinion. Par ce moyen, rapporte le quotidien, le pharmacien ne propose pas de "remplacer cette marque par une copie, quand on lui présente une ordonnance".

En bout de chaîne, le pharmacien, justement, est lui aussi dans le collimateur de l'Autorité de la concurrence, ajoutent Les Echos. Après une enquête réalisée auprès de 177 officines, cette dernière a mis en évidence une "grande disparité des prix" pour les produits d'automédication sans que le consommateur soit averti, puisque la publicité est interdite sur les médicaments en France. Selon elle, écrit Le Figaro (page 24), "l'ouverture partielle du monopole", qui permettrait par exemple aux grandes surfaces de vendre des médicaments non remboursables, pourrait entraîner une baisse des prix de l'ordre de 25%.

L'affaire du Furosémide s'éclaircit
L'énigme concernant le Furosémide Téva 40 mg semble sur le point de se résoudre. La prétendue erreur de conditionnement à l'origine de cette affaire s'efface maintenant derrière une confusion de la retraitée qui s'était plainte à son pharmacien de Saint-Malo. Au mois de juin, rappelle Le Parisien/Aujourd'hui (page 12), cette bretonne de 76 ans lui avait signalé son inquiétude, alertée par les somnolences de son mari.

Un comprimé de Zoplicone (somnifère) avait alors été trouvé dans le blister qu'elle lui avait rapporté. Par la suite, des milliers de boîtes de Furosémide avaient été rapatriées et examinées, d'autant que plusieurs décès potentiellement liés à cette affaire étaient annoncés dans quatre villes de France. "Faute de traces de somnifères trouvées au moment des autopsies, le parquet avait décidé de classer l'affaire sans suite", indique le quotidien.

Après investigations, il apparaît que c'est la patiente elle-même qui a placé ce somnifère dans le blister. Celle-ci a en effet pour habitude "d'ouvrir à l'avance toutes ses boîtes de médicaments pour les placer dans un pilulier. Et lorsqu'elle en sort trop de l'emballage, elle les re­place minutieusement dans les emballages d'origine". Mais cette fois là, il y aurait eu cette erreur de manipulation, déclenchant l'alerte générale…

Frédéric Lavignette