Mutuelles : le choix du pouvoir d’achat

Alors que les assureurs commerciaux préparent l’opinion à une hausse de leurs primes de complémentaire santé, la Mutualité fait entendre sa différence. Dans un entretien publié samedi par Le Parisien/Aujourd’hui (page 12), Jean-Pierre Davant exprime sa préoccupation pour le pouvoir d’achat des Français, "extrêmement malmené". Question de la journaliste, Aline Gérard : les mutuelles vont-elles "imiter" les assureurs, qui "répercuteront" dès 2009 la taxe de 1 milliard d’euros sur leurs tarifs ? "C’est à chaque mutuelle de décider, répond Jean-Pierre Davant. La consigne que la Mutualité leur donne est de faire leur possible pour ne pas la répercuter l’an prochain."

Organismes à but non lucratif, les groupements mutualistes n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes contraintes que les organismes commerciaux : "A la différence des assurances, les mutuelles n’ont pas d’actionnaires à rémunérer, elles ont donc plus de souplesse pour fixer leurs tarifs", explique le président de la Mutualité française.

Les mutualistes ne partagent pas non plus les vues de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA) sur l’assurance maladie obligatoire. Au cours des discussions de cet été, les assureurs "proposaient de prendre la couverture des soins dentaires et des lunettes, indique Jean-Pierre Davant. En clair, la solution de la FFSA était qu’on privatise une partie de l’assurance maladie obligatoire. Sauf que le gouvernement ne l’a pas suivie".

Pour autant, il n’y a eu "ni troc, ni marchandage, ni accord secret" avec le gouvernement pour obtenir une quelconque complaisance de la Mutualité à l’égard de la taxation des complémentaires. "Le gouvernement nous a clairement dit que cette taxe n’était pas négociable. Nous avons été mis devant le fait accompli", déplore Jean-Pierre Davant. Seulement, relève-t-il toujours dans Le Parisien/Aujourd’hui, "les mutuelles couvrent 40% des dépenses de la médecine de ville". Le gouvernement a donc, semble-t-il, compris qu’il fallait arrêter de les "considérer comme de simples tirelires".

L’exigence exprimée par la Mutualité est donc d’être pleinement associée aux négociations avec les professionnels de santé. Les soins dentaires ou optiques, notamment, concernent autant les mutuelles que l’assurance maladie obligatoire. Dans le même sens, explique-t-il, "nous voulons aussi pouvoir discuter dans un cadre tripartite des dépassements d’honoraires, des tarifs et du mode de rémunération des médecins, de la qualité des actes".

Dernière question : la taxe de 1 milliard est-elle exceptionnelle ? "En principe, elle ne concerne que l’année 2009. Mais avec les taxes, on connaît la chanson", fait observer Jean-Pierre Davant. Il est vrai que les taxes sont à la mode en cette rentrée, comme le soulignait hier Le Journal du dimanche (pages 2 et 3). Selon l’hebdomadaire, Nicolas Sarkozy aurait même récemment rabroué le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, qui lui reprochait ce nouvel engouement. "Les mutuelles font des bénéfices, il faut les taxer, c’est normal", aurait dit le chef de l’Etat. Espérons que l’examen du prochain projet de loi de financement de la "Sécu" sera l’occasion de tordre le cou à certaines idées reçues…

Médecins sous tension
Le plan "anti-dépassements d’honoraires" de la ministre de la Santé est sur les rails, annonce Le Parisien/Aujourd’hui (samedi 6 septembre, page 12). Devis sur les actes techniques à partir de 70 euros, sanctions en cas de défaut d’affichage des tarifs ou d’honoraires abusifs : le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), Michel Chassang, n’a pas de mots assez durs pour dénoncer l'"acharnement" des pouvoirs publics, notent Les Echos (page 2).

Parallèlement, l’accord conclu entre l’assurance maladie et les infirmières repose également la question de la sacro-sainte liberté d’installation des médecins, analyse La Croix (page 12). Le président du Syndicat des jeunes médecins généralistes (SNJMG), Fabien Quédeville, ne l’entend pas de cette oreille : "Pas question !", dit-il au quotidien. "Toute mesure coercitive qui empêcherait les praticiens d’aller travailler là où ils le souhaitent ne ferait que décourager un peu plus les vocations."

Dernier sujet sensible : La Tribune (page 23) rappelle que le projet de loi de financement de la "Sécu" pour 2008 permet à l’assurance maladie, sur la base du volontariat, de rémunérer les médecins "à la performance". L’objectif est de les inciter financièrement à atteindre certains objectifs sur les prescriptions de génériques ou les actions de prévention. Mais l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) vient de remettre à la ministre un rapport dans lequel elle déconseille l’utilisation d’un tel dispositif trop "comptable"…

Frédéric Lavignette et Pascal Lelièvre