Moraliser les prix des anticancéreux

Se soigner contre le cancer est-il désormais un luxe ou un sacrifice pour les patients et la collectivité ? Dans le traitement de ces pathologies, les soins ont certes toujours été coûteux mais, depuis l'apparition des nouvelles molécules, le phénomène s'est fortement accentué, s'alarme, dans La Croix (page 7), le Pr Jean-Paul Vernant.

Cet hématologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, est l'auteur d'un rapport sur les orientations du 3e plan cancer remis cet été à la ministre de la Santé, rappelle-t-on. A la veille de l'ouverture des Rencontres de la cancérologie française à Lyon, il estime que le prix de certaines molécules a atteint des proportions "presque immorales". Et cette ten­dance, redoute-t-il, "risque de s'aggraver avec le développement de cette médecine dite "ciblée" qui va favoriser l'émergence de médicaments de niche".

Récemment, un article paru dans la revue américaine Blood faisait justement le même constat : en dix ans le prix des nouveaux médicaments anticancéreux a "pratiquement doublé, passant de 5.000 à 10.000 dollars par mois (3.700 à 7.400 euros)". Et 11 des 12 molécules autorisées aux Etats-Unis coûtaient en 2012 près de 74.000 euros par an.

En France, fait remarquer le Pr Jean-Paul Vernant, ces nouveaux traitements sont accessibles à ceux qui en ont besoin car ils sont remboursés à 100%. Toutefois, s'inquiète-il, "il arrivera bien un moment où la collectivité ne pourra plus payer". Ou ne voudra plus, comme c'est le cas au Royaume-Uni. Ce pays a ainsi décidé, dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique, de ne plus rembourser les médicaments de deuxième ou troisième génération, mais uniquement le Glivec® (imatinib).

Produit par le laboratoire Novartis, le Glivec® a été une "révolution thérapeutique" dans le traitement de ces maladies. Son coût est cependant très élevé car les patients doivent le prendre à vie. En France, une année de traitement revient par exemple à 30.000 euros auxquels s'ajoute le coût des autres médicaments. Seuls les patients anglais qui ont donc les moyens de "débourser plus de 70 000 euros par an peuvent assurer leur survie", observe le professeur.

Dans le rapport qu'il a remis en vue du 3e plan cancer qui doit être présenté en février, Jean-Paul Vernant insiste donc sur "la nécessité de mesurer l'impact économique qu'auront les traitements innovants au cours des prochaines années", par exemple en mettant en place "un nouveau système de régulation des prix qui devraient pouvoir être révisés de manière régulière dans le temps".

Complémentaire santé et paritarisme
Dans les pages "Rebonds" de Libération (page 22), l'économiste de la santé Pierre-Yves Geoffard analyse à travers le prisme de la concurrence les différences de traitement entre les contrats collectifs et les contrats individuels de complémentaire santé. Partant du principe qu'"il est devenu indispensable, pour bénéficier d'un véritable accès aux soins, d'être couvert par une assurance complémentaire", il s'interroge sur les raisons des "distorsions de concur­rence" dans le secteur : avantages fiscaux maintenus pour le collectif, même s'ils sont réduits par le dernier projet de loi de financement de la "Sécu", version gouvernementale des "clauses de désignation", etc.

"La loi va donc pénaliser davantage les contrats individuels, en retirant de leur clientèle potentielle toute une population d'actifs plutôt en bonne santé : la mutualisation des risques, qui repose sur la variété des profils couverts, sera plus difficile", écrit Pierre-Yves Geoffard. Et de conclure sa tribune : "Impossible de ne pas être tenté d'y voir une manière peu transparente de financer le paritarisme, qui mérite pourtant mieux que cela."

Une épargne solidaire et… attractive !
L'épargne solidaire semble séduire de plus en plus de Français. Cette année, rapportent Les Echos (page 29), le nombre de souscripteurs à des fonds dont une partie est dédiée au développement de projets dits éthiques (logement social, développement durable…) a ainsi dé­passé le million. Sur ce million, plus de 80% des souscriptions ont d'ailleurs été réalisées par l'intermédiaire d'une épargne salariale (PEE, PEI, Perco…).

En 2013, l'encours total de l'épargne solidaire devrait continuer à croître, annonce l'association Finansol qui est à l'origine de la "Semaine de la finance solidaire" dont la 6e édition a été lancée hier. Les 5 milliards d'euros devraient être dépassés à la fin 2013, alors qu'ils étaient de 4,71 milliards d'euros à la même époque l'an dernier. Signe de cet engouement sur le long terme, l'encours a été multiplié par 15 depuis 2002.

Frédéric Lavignette et Pascal Lelièvre