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« Mode H » : un spectacle où jouent des personnes handicapées et valides

Un spectacle de comédies musicales a réuni le 19 octobre à Tours des personnes en situation de handicap et des personnes valides. Au total, 150 artistes sont venus de sept pays européens. Cette représentation a eu lieu dans le cadre de la 3e édition de "Mode H", événement organisé par la Mutualité Française Indre-Touraine.

Dans un mouvement de danse lent et fluide, une jeune femme tourne autour d'un homme assis en fauteuil roulant. Puis, un couple non handicapé arrive sur scène en se tenant la main. Peu à peu, plusieurs personnes en fauteuils, conduites par des valides, occupent l’espace au rythme de la chanson choisie pour le final "L’envie d’aimer" des Dix commandements.

Ce 19 octobre, au centre international de congrès Le Vinci, à Tours (Indre-et-Loire), ces artistes répètent pour la dernière fois un spectacle de neuf extraits de comédies musicales sur le thème "Histoires d’amour…", présenté le jour même. Cette manifestation est l’un des volets de "Mode H", 3e édition du forum européen de mode adaptée, organisé par la Mutualité Française Indre-Touraine.

Ce spectacle mobilise 150 artistes venus de sept pays européens : Belgique, France, Italie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie. Son ambition : modifier le regard porté sur les personnes en situation de handicap. Parmi eux, Gwendoline Cabaret et Jérôme de Filippis jouent Esméralda et Quasimodo, d’après le roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.

A 21 ans, Gwendoline a déjà participé aux précédentes éditions de "Mode H". Souffrant d’un handicap moteur, elle suit chaque semaine des cours de danse à l’Institut d’éducation motrice (IEM) Charlemagne. Cet établissement, organisateur de cette manifestation, est géré par la Mutualité Française Indre-Touraine. "Je suis confiante pour le spectacle, car je suis tombée sur un bon partenaire !", confie-t-elle quelques heures avant d’entrer en scène.
Danseur de hip-hop
Gwendoline a en effet la chance d’avoir Jérôme pour partenaire, danseur expérimenté de hip-hop. Ce demandeur d’emploi de 26 ans transmet sa passion en donnant des cours à des jeunes au sein du milieu associatif. "J’ai aussi travaillé avec des personnes handicapées", précise-t-il. Après une vingtaine de répétitions depuis janvier dernier, le couple se sent prêt.

A 9 h 30, sept couples de Esméralda et Quasimodo entrent en scène. Pendant que les danseurs ajustent leur pas, la musique emplit l’espace sur le refrain : "Il est venu le temps des cathédrales…". En arrière plan, une immense photo de la rosace de Notre-Dame de Paris fait office de décor. "La comédie musicale montre que tout rapprochement et tout amour est possible entre les valides et les personnes handicapées", observe Shag, chorégraphe du groupe. "La richesse en émotions, à travers ces rencontres, fait toute la force de ce spectacle" ajoute Jérôme.

Les acteurs attendent leur tour pour endosser leur tenue de scène. Gwendoline est l’une des premières à être prête. La jeune femme, toute vêtue de noir, gris et bleu, apparaît épanouie dans sa robe. "J’ai adapté le costume à la physionomie de Gwendoline qui a un port cambré", explique Sylvie, styliste, bénévole à l’IEM Charlemagne.

"Combattre le stress"
Au même moment, son partenaire enfile ses vêtements derrière un rideau noir. Quelques détails exigent l’intervention de l’habilleuse et de la couturière, comme l’ajustement d’une ceinture au pantalon ou le raccourcissement d’une manche. Soudain, Jérôme réalise au sol une figure hip-hop en faisant pivoter son corps sur sa main. Un moyen efficace de voir s’il se sent à l’aise dans son costume !

A ses côtés, les autres membres de son groupe sont bien plus tranquilles. Deux d’entres eux, allongés, se préparent physiquement ou se font masser. "Le principe est d’atténuer les tensions musculaires autour du bassin et du dos. Le relâchement du corps aide à combattre le stress", précise Aude Martin, ostéopathe, intervenant en tandem avec une kinésithérapeute. Gwendoline, qui a mal au dos, s’adonne à quelques exercices. Elle tend sa jambe, puis ramène son genou vers sa tête en s’appliquant bien pour inspirer et respirer.

Il faut désormais enchaîner la "séquence coiffure". Dans le bruit incessant des sèches cheveux, Gwendoline attend. Un quart d’heure plus tard, sa chevelure brune est entre les mains de la coiffeuse : "Je veux la mettre en valeur en donnant du volume à sa coiffure", souligne Nathalie Ferreira. Un de ses collègues qui coiffe une jeune fille en fauteuil roulant témoigne : "Il faut dégager une silhouette pour donner l’impression que la personne handicapée est debout".

"Nous nous enrichissons de nos différences"
C’est maintenant le moment du maquillage. "Je le réalise de façon très accentuée, car sur scène les visages doivent être vus de loin", explique Patricia Nivelet, conseillère en image. 14 heures, l’heure "H" a sonné. 1.200 scolaires, dont plusieurs dizaines en fauteuil roulant, avant les 2.000 spectateurs attendus pour la soirée, patientent avant l’entrée des artistes.

"Après cette représentation, vous allez retenir une belle leçon : si nous sommes différents, nous nous enrichissons de nos différences", annonce au jeune public Alain Sérieys, responsable de communication de la Mutualité Française Indre-Touraine. Après presque deux heures d’émotions, de rythmes et de couleurs, Gwendoline retrouve à la sortie ses amies venues la féliciter. "Ce spectacle m’a donné confiance en moi. Cette expérience montre que nous avons toute notre place dans ce monde". Pour Jérôme, "cette journée marque un pas de plus vers la tolérance".

Christophe de La Mure