Médicaments génériques : les ventes marquent le pas

En 2008, les ventes de médicaments génériques ont progressé de 10,3% par rapport à 2007, d'après une étude de la Mutualité française. Malgré ce résultat positif, la progression des génériques est moins importante que les années précédentes. Raison : dans certains cas, les prescriptions des médecins se détournent vers des médicaments qui n'ont pas de génériques. Explications.

Les médicaments génériques sont entrés dans nos habitudes. Leurs ventes ont encore progressé de 10,3% entre 2007 et 2008, selon l'étude "Mémento 2009" de la Mutualité française consacrée aux médicaments. Dans huit cas sur dix, lorsque cela est possible, les médicaments génériques sont préférés aux produits de marque dans les pharmacies. La vente de génériques a permis une économie de 1,32 milliard d'euros en 2008.

Malgré ces bons résultats, les ventes ont tendance à ralentir. Pour rappel, elles avaient progressé de 22,1% entre 2006 et 2007. " Ce phénomène s'explique notamment par un comportement de prescription des médecins particulièrement marqué en France, explique Laure Lechertier, responsable du département Politique du médicament à la Mutualité française." Car si les pharmaciens ont pris l'habitude de proposer des génériques aux patients, il n'en va pas de même des médecins qui privilégient souvent les médicaments de marque.

Une promotion qui cible les marques
Pour illustrer ce phénomène, l'étude a pris comme exemple les statines, médicaments utilisés pour lutter contre l'excès de cholestérol. "Dès lors qu'un médicament de marque bénéficie d'un générique, les médecins s'en détournent pour lui préférer les produits dont les brevets ne sont pas encore tombés dans le domaine public. Or, ces médicaments n'apportent en général aucun bénéfice aux patients par rapport aux molécules génériquées."

"Ce détournement des prescriptions résulte des visites réalisées par les laboratoires pharmaceutiques auprès des médecins, analyse Laure Lechertier. Ces derniers assurent une promotion intense de leurs produits sous brevet." La Mutualité française entend donc dénoncer cette stratégie qui freine le développement des génériques. Car ce comportement constaté pour les anticholestérols est "transposable à de nombreux autres médicaments".

La Mutualité française souhaite la création d'un guide de référence à l'usage des médecins. Ce document pourrait présenter les différentes classes de médicaments ainsi que leurs équivalents génériques, en se détachant de la pression commerciale exercée par les laboratoires. Il permettrait aux praticiens de se faire leur propre opinion et de prescrire de façon plus économique pour la collectivité.

Philippe Rémond