Médicaments génériques : faut-il rouvrir le débat ?

Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) prévoit de nouvelles mesures pour renforcer l’usage des génériques, La Croix rouvre le débat sur leur efficacité. Doute légitime sur l’évaluation de ces produits ou, comme le dénonce Jean-Pierre Davant, "campagne de dénigrement" ? Sous la plume de Pierre Bienvault, le quotidien donne la parole à tous les protagonistes.

La Croix le reconnait : les vertus économiques des génériques sont indéniables. En 2000, sur vingt boîtes de médicaments vendues, une seule contenait un générique. Sept ans plus tard, "c’est le cas d’une boîte sur cinq". Au résultat, "grâce à ces produits, l’assurance maladie a réalisé 1 milliard d’euros d’économie" en 2007.

Mais "le développement de ces produits risque-t-il d’être entravé par certaines réticences venues des médecins ?", s’interroge le journal. La Croix cite ainsi les témoignages de certains médecins spécialistes, en particulier des cardiologues et des neurologues : "Tout en reconnaissant qu’il n’existe pas d’étude scientifique permettant de jeter la suspicion sur les génériques, ces praticiens affirment constater, dans leurs consultations, des problèmes de tolérance et d’efficacité liés à l’utilisation de ces produits."

Les interrogations ou les critiques formulées portent notamment sur les études de bioéquivalence des génériques, réalisées sur "des effectifs très réduits et auprès de personnes en bonne santé". Elles concernent aussi les changements de la forme galénique des produits (gélule ou comprimé) ou encore de l’excipient, qui "enrobe" le médicament. Le Pr Xavier Girerd, cardiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), est catégorique : "Nous sommes effectivement plusieurs à juger préoccupant que, pour des raisons comptables, on favorise aujourd’hui des prises en charge de moins bonne qualité."

Avec pédagogie, le directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), Jean Marimbert répond point par point aux questions de La Croix. Il rappelle que les génériques sont "contrôlés et surveillés" de la même manière que les produits de marque et qu’ils ne sont en aucun cas des "médicaments au rabais". Le directeur de l’Afssaps signale au passage que les questions posées sur la fiabilité des essais cliniques sont communes à l’ensemble de la chaîne pharmaceutique, génériques ou pas.

Sur la question de l’efficacité proprement dite, Jean Marimbert estime "abusif de tirer des conclusions à partir de constats isolés, qui ne sont pas confirmés par des études scientifiques rigoureuses". "Nous ne nous désintéressons jamais de ce que nous disent les praticiens, dit-il. Mais un signal isolé ne crée pas, en lui-même, une préoccupation de santé publique."

D’autres médecins interrogés par Pierre Bienvault, comme le Pr Jean-François Bergmann, vice-président de la commission du médicament aux Hôpitaux de Paris, sont moins conciliants. L’efficacité des génériques ? "C’est un vieux débat", soupire-t-il. "Sur un plan pharmacologique, ce sont des copies conformes des médicaments de marque. Et aucune étude sérieuse n’a, à ce soir, prouvé le contraire", explique-t-il. En revanche, les réticences psychologiques de certains patients, notamment âgés, sont bien connues et doivent être prises en compte par les praticiens : c’est qu’on appelle "l’effet placébo-nocébo", indique le Pr Pierre-Louis Druais, président du Collège national des généralistes enseignants.

Interrogé par La Croix, Jean-Pierre Davant considère que les doutes émis sur l’efficacité de génériques relèvent de "l’irrationnel". Et le président de la Mutualité française soupçonne certains laboratoires qui fabriquent les médicaments de marque de ne pas être étrangers à la résurgence de ce débat.

"Plusieurs firmes pharmaceutiques ne voient pas arriver d’un très bon oeil les années 2009 et 2010, car des molécules réalisant un chiffre d’affaires de plus de deux milliards de dollars par an vont tomber dans le domaine public, ce qui permettra de fabriquer des génériques, analyse Jean-Pierre Davant. J’ai aujourd’hui le sentiment que ces laboratoires arrivent à trouver des relais d’opinion auprès de certains médecins qui véhiculent leur message avec complaisance."

Frédéric Lavignette