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Médicaments à 15 % : les mutuelles se fâchent

Les mutuelles ne peuvent pas éternellement compenser les désengagements de la Sécurité sociale. Elles ne veulent pas non plus les encourager. Car, que ce soit au travers de leurs cotisations à la "Sécu" ou de leurs cotisations à leur mutuelle, ce sont, au final, les assurés qui payent. C'est en quelque sorte le message qui se dégage de l'annonce faite vendredi par la Mutualité Française sur les médicaments à 15%. Comme le rapporte Le Parisien/Aujourd'hui du samedi 24 octobre (page 12), elle a recommandé aux mutuelles qu'elle fédère "de ne pas prendre en charge les médicaments que le gouvernement remboursera moins bien d'ici peu".

Examiné demain par les députés, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2010 prévoit en effet d'instaurer un nouveau taux de remboursement sur plus d'une centaine de médicaments "dont le service médical rendu est faible". En diminuant la prise en charge de 35% à 15%, l'idée de l'exécutif visait à ce que les complémentaires "remboursent tout ou partie de la différence", explique La Tribune (pages 2 et 3). Mais le conseil d'administration de la Mutualité Française en a décidé autrement.

Interrogé sur France Info, son président considère que cette initiative est une "mauvaise mesure". "Soit un médicament est utile à la santé de nos concitoyens, et il est remboursé correctement par l'assurance maladie obligatoire et les mutuelles, soit c'est un produit qui n'a pas d'effet sur la maladie, et par conséquent on ne le rembourse pas", poursuit Jean-Pierre Davant.

Un message également relayé sur TF1, France 2, France 3 et BFM TV par le directeur général de la Mutualité. Jean-Martin Cohen Solal indique que la Mutualité souhaite la tenue d'un "grand débat sur la prise en charge des médicaments afin que les complémentaires, les pouvoirs publics, l'industrie pharmaceutique et les médecins conviennent d'un taux unique de remboursement à bon niveau pour les médicaments que la HAS juge efficaces".

Selon Le Journal du dimanche (page 10), la liste complète des médicaments déremboursés n'est pas encore connue "mais on sait qu'elle comprend des antibiotiques locaux (Flammazine®), un antiacnéique (Eryfluid®), une crème antivirale (Zovirax®), un désinfectant (Hexomédine®), un tranquilisant (Equanil®), un anti-inflammatoire (Nifluril crème®), des compléments en magnésium (Magné B6®) ou des vasodilatateurs (qui luttent contre l'excès de pression artérielle)".

Cette baisse de la prise en charge pourrait n'être qu'"un hors-d'oeuvre" dans les intentions gouvernementales, s'inquiète de son côté L'Humanité (page 24). "Une fois institué, ce taux de 15% pourra en effet être appliqué à de nouvelles vagues de produits", explique le quotidien. Une menace contre laquelle la Mutualité Française a tiré la sonnette d'alarme dès le 23 octobre dans un communiqué : "Cette mesure pourrait conduire à terme à une baisse de remboursement massive de l'ensemble des médicaments en médecine de ville, même par mi les plus efficaces", indique ce texte.

Au final, note Jean-Pierre Davant, "nous devons expliquer à nos adhérents que l'argent issu de nos cotisations ne doit pas servir à financer des traitements qui n'ont pas ou peu d'intérêt thérapeutique". Le but des adhérents mutualistes "n'est pas d'enrichir les labos", ajoute-t-il.

Quoi qu'il en soit, c'est un transfert de 145 millions d'euros sur les malades que le gouvernement organise pour l'an prochain. "Une goutte d'eau dans le déficit record de la Sécu qui va culminer à 30 milliards" en 2010, signale Le Journal du dimanche. Et "sauf réforme de structure ou hausse de prélèvements sociaux", le déficit abyssal du régime général de la Sécurité sociale devrait se maintenir jusqu'en 2013, conclut Libération de samedi (page 14).

Frédéric Lavignette