Médicaments : Bachelot critique Leclerc

La ministre de la Santé a qualifié hier de "publicité mensongère" la campagne des centres Leclerc promettant de vendre 25% moins cher les médicaments à prescription facultative. "Les expériences étrangères montrent qu’après trois mois de baisse, les (prix des) médicaments reflambent", a affirmé Roselyne Bachelot sur I-Télé, propos repris dans La Tribune (page 6). Une déclaration rassurante pour les pharmaciens, mais plus inquiétante pour les consommateurs…

Interrogé par Le Figaro-économie (page 22), Michel-Edouard Leclerc se défend d’être "à l’origine du débat de fond" sur les économies en matière de médicaments. "Roselyne Bachelot n’est pas dans son rôle quand elle veut nous empêcher de vendre moins cher", déclare-t-il, avant de rappeler que la vague de déremboursement des médicaments en 2006 avait conduit à une hausse moyenne des prix de 36%. Ce que démentent les syndicats de pharmaciens, qui mettent en avant la signature d’une charte de bonnes pratiques commerciales avec Les Entreprises du médicament (Leem) et l’Association française pour une automédication responsable, pour garantir des prix "maîtrisés".

"Depuis le 3 janvier, dès que la loi Chatel a été mise en place, les marges arrières ont été totalement réinjectées dans les prix", affirme Gilles Bonnefond, président délégué de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (Uspo) dans Le Figaro-économie. "C’est une baisse de prix de 8% sur les médicaments concernés (surtout les génériques) et pour la Sécurité sociale, une économie de 120 millions d’euros. On ne peut pas dire que les grandes surfaces en aient fait autant !", ironise-t-il.

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) prévoit de lancer, dans six semaines, une campagne publicitaire afin de mettre un coup d’arrêt "aux intérêts mercantiles qui planent autour de la profession", indique La Tribune.

Soucieux d’"une banalisation des médicaments", qui contiennent tous "un principe actif potentiellement dangereux", le Collectif national des groupements de pharmaciens d’officine (CNGPO) affirme que la "mission première" du pharmacien est d’être "un acteur de la chaîne des soins, qui place le patient, sa santé et sa sécurité, et non l’argent, au centre de ses préoccupations". Tous les médicaments vendus sans ordonnance et qui seront bientôt en libre accès dans les pharmacies ne sont pas anodins, souligne Le Monde (page 28). C’est notamment le cas de l’aspirine, qui ne doit pas être prescrite à une personne sous anticoagulant, rappelle Patrice Queneau, professeur de thérapeutique. Plus généralement, il est fortement déconseillé d’associer l’aspirine à un anti-inflammatoire non stéroïdien, tel que l’Ibuprofène, précise le Pr Jean-François Bergmann, de l’hôpital Lariboisière à Paris. "Très souvent, le verrou du pharmacien n’existe pas" pour cette contre-indication, déplore cet expert…

La répartition des médecins en question
Roselyne Bachelot clôture aujourd’hui les Etats généraux de l’organisation de la santé (Egos) à Paris, où elle doit annoncer des mesures afin d’améliorer la répartition des professionnels sur le territoire, de rénover l’offre de soins de premier recours et de garantir à tous l’accès aux soins, indique La Tribune (page 23). Le 8 février, lors d’un premier bilan d’étape, la ministre avait proposé d’aider dès 2008, à la création de 100 maisons de santé pluridisciplinaires, à hauteur de 50.000 euros maximum par projet. Elle avait également défendu le principe du guichet unique régional d’information et d’aide à l’installation des professionnels de santé. En revanche, elle avait été beaucoup plus prudente sur les moyens de dissuader les médecins de s’installer dans des zones surmédicalisées, souligne Les Echos (page 4). Face à la pénurie annoncée de généralistes, le groupe de concertation des Etats généraux prône "une nouvelle répartition des tâches existantes vers les professionnels de santé existant ou vers de nouveaux métiers". Les pharmaciens ou les infirmières pourraient aussi se voir confier "en accord avec le médecin traitant, le suivi plus quotidien de la prise en charge des malades".

John Sutton